Des retards insurmontables

ALM : Que représente l’hommage au livre arabe dans la 56e foire du livre de Francfort ?
Hans Schiler : L’hommage au livre arabe à la foire de Francfort va mobiliser tous les médias, que ce soit la télévision, la radio et la presse écrite non seulement en Allemagne, mais dans le monde entier. Le monde arabe n’a pas actuellement bonne presse. La situation dans nombre des pays est sujette à des violences islamistes et autres : attentats au Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Arabie Saoudite, Irak, la quasi-guerre entre Palestiniens et Israéliens… En plus, des informations sur le manque de structures civiles et démocratiques dans le Monde arabe font souvent l’actualité. Le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) n’a pas arrangé les choses. Il souligne des carences dans de nombreux domaines comme l’éducation. La foire de Francfort pouvait être une tribune importante pour promouvoir une autre image du monde arabe et de ses littératures. Montrer au public allemand, européen et international la multitude et la richesse culturelle arabe et ouvrir un dialogue commun pour la paix. Le problème de la Ligue Arabe, c’est qu’elle a accumulé des retards insurmontables dans les préparations. Sans parler de la situation dans nombre des Etats membres qui se caractérise par des restrictions, voire des répressions envers des écrivains critiques. Francfort doit être une fenêtre ouverte, incluant les voix critiques, expérimentales, avant-gardistes et dissidentes de la culture arabe dans ses différentes facettes multilinguistiques, multiethniques et multireligieuses.
Vous connaissez bien la réalité du livre dans les pays arabes. En quoi se distingue la foire de Frankfort des salons qui se tiennent dans ces pays ?
Au niveau des éditeurs professionnels, dans le vrai sens du terme, il y a de nombreux problèmes relatifs au livre dans le monde arabe à résoudre. Les foires y ressemblent souvent à des souks du livre pour faire de la vente directe, mais non pas à des espaces de rencontres professionnelles entre éditeurs, journalistes, écrivains et publics. Il y a également le problème de la censure et celui du piratage. Actuellement, rien ne laisse envisager comment la Ligue Arabe peut affronter ces questions dans une foire de la taille de celle de Frankfort et encore moins organiser des débats publics. Elle n’a entamé aucune action visible.
Qu’aurait gagné le livre arabe s’il était bien représenté dans cette foire ?
La foire de Francfort, qui est le plus grand salon professionnel du livre au monde, est une chance inouïe pour promouvoir et faire connaître la littérature d’une autre langue ou d’une autre culture. Mais pour avoir des traductions de qualité, il faut un travail préalable nécessitant des années de travail (choix du thesaurus des textes qu’on propose pour la traduction, contact avec des maisons d’édition différentes dans d’autres pays etc.). Ce travail de préparation n’a pas encore été réellement entamé par la Ligue Arabe. Si l’on tient compte du fait que la foire va s’ouvrir dans 10 mois, ce n’est pratiquement pas faisable. En plus, il y a un manque de coopération avec des projets indépendants et les petites maisons d’édition, souvent engagées. Elles font pourtant déjà ce travail de traduction qui permet de découvrir la littérature arabe.

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