Des têtes pleines d’angoisse dans les salles des examens

Des têtes pleines d’angoisse dans les salles des examens

Les envahisseurs sont parmi nous. Dans les jardins, ils s’installent sur les bancs ou sous les arbres avant d’entamer des allers-retours interminables, parcourant le même trajet à longueur de journée. Ils sont assis dans les cafés, autour d’une table sur laquelle des polycopiés empilés les uns sur les autres cachent la petite tasse de café. Les instituts culturels, les bibliothèques, les sous-sols des immeubles sont pris d’assaut, car ces envahisseurs n’en finissent pas de dévorer livres et cahiers dans n’importe quel endroit qu’ils estiment calme.
C’est qu’à quelques jours des examens, qu’ils se sont transformés en «robots», des machines infaillibles qui enregistrent tous, absolument tous. «Infaillibles» peut-être pas, même s’ils l’auraient tous souhaité ne serait-ce que pour passer cette période cruciale et finir l’année en beauté. Etudiants et lycéens font de ce vœu une obsession qui prend, parfois, des dimensions plus importantes en devenant une spirale infernale. Combien d’entre eux qui en sont victimes ne se sont pas présentés aux examens de dernière année du baccalauréat qui se déroulent les 7, 8 et 9 juin ?
«Dans certains cas jugés sérieux, nous délivrons une attestation médicale pour que l’élève puisse bénéficier d’un report exceptionnel des examens ou les passer en deuxième session», révèle le Pr. Omar Battas, psychiatre au CHU Ibn Rochd à Casablanca. Jamais de toute son expérience, ce spécialiste n’aura constaté autant de demandes, durant les préparations aux examens. «Les jeunes, surtout les lycéens qui doivent passer le baccalauréat et les étudiants se préparant à des concours d’entrée aux grandes écoles, ainsi que les parents sont de plus en plus nombreux, en cette période, à se présenter chez les psychiatres. L’affluence commence à se faire sentir deux mois avant les examens», indique ce spécialiste qui s’apprêtait à recevoir, la veille des examens du baccalauréat (le mercredi 6 juin) un nouveau cas. Le jeune en question souffrant d’une grande angoisse n’arrivait même plus à sortir de chez lui, obsédé par l’idée qu’il n’était plus capable de passer les épreuves. Difficile de trouver une solution d’urgence. Car, il y a tout un processus de soutien et de thérapie pour chaque cas. «En principe, il faut agir bien à l’avance. Au tout début, une mise au point sur le cas s’impose pour le psychiatre qui aura à faire un travail d’analyse fonctionnelle sur l’intensité du stress dont souffre le candidat. Ensuite, la conduite à tenir est proposée au patient», explique le Pr. Omar Battas.
Pris au piège d’une situation qu’il n’arrive plus à gérer, le candidat sombre dans le stress durant la période pré-examens. Résultat : un malaise s’installe et s’amplifie au fur et à mesure que le jour-J s’approche. Du coup, l’élève perd sa concentration, oublie ce qu’il apprend et se persuade donc que les examens représentent un mur infranchissable. Tout s’arrête, les rêves s’évaporent et l’avenir est, tout d’un coup, perdu à jamais. Bref, broyer du noir pouvait être passager, sauf que, pour certains, ce n’est que le début de problèmes encore plus graves. «Cette anxiété dans laquelle vivent ces jeunes révèle parfois des fragilités psychologiques antérieures qui nécessitent tout un processus de prise en charge thérapeutique», précise ce psychiatre. Et de souligner que ces cas restent, toutefois, rares par rapport à l’ensemble.
Parce qu’on veut être au meilleur de sa forme et surtout faire fonctionner «la machine» à fond, les étudiants pensent bien faire en optant pour de petites méthodes. Certaines, à force de se ressembler, deviennent communes : se réveiller aux aurores pour se mettre au travail jusqu’au bout de la nuit. On carbure au café et à la cigarette, et pour d’autres, à l’aide d’un cocktail de vitamines et d’oligoéléments.
Les verres d’eau et les pastilles effervescentes pour épuiser les quelques petites réserves d’énergie qu’on croit avoir. On n’oublie alors que ce type de médicament n’est utilisé qu’en prévention ou pour le traitement de déficits vitaminiques et qu’il peut provoquer, entre autres, des troubles digestifs. A fortes doses, certaines vitamines peuvent même entraîner des interactions présentant un véritable danger pour la santé.
Il faut, aussi, souligner que ces médicaments supposés booster la mémoire pour une meilleure concentration n’ont pas fait preuve de leur efficacité, à en croire les pharmacologues. D’après ces derniers, les médicaments portant l’étiquette «antiasthénique» soulagent seulement la fatigue passagère. Ceux, qui sont plutôt recommandés pour le «surmenage intellectuel», (le cas des lycéens et étudiants) renferment des acides aminés (acide glutamique notamment) indispensables au bon fonctionnement du système nerveux, ou encore des acides nucléiques (ADN, ATP). Mais, les supposés stimulateurs de mémoire ou promnésiants sont, en fait, pris en cure deux semaines avant les examens. 
Aucun de ces médicaments n’a révélé de miracle scientifique. Il s’avère, au mieux, qu’ils entraînent un effet placebo.
Le café, le thé et compagnie renforcent, quant à eux, l’anxiété et génèrent des troubles du sommeil et de l’alimentation. Bref, on se torture, si on n’a pas bien défini sa stratégie de préparation en optant pour le long terme. Le sentiment d’avoir tout oublié provient du fait que les candidats tentent de tout apprendre en peu de temps. Ils utilisent une mémoire à court terme qui, face au stress (et autres facteurs extérieurs), cède facilement.
Par contre, la mémoire à long terme se prolonge dans la durée et réside dans le fait d’apprendre régulièrement tout au long de l’année. Il ne faut pas se priver de pauses ponctuelles, pour se relaxer, ni du sommeil pour se sentir au mieux de sa forme physique et psychique. Apprendre tout sans comprendre aucun mot finit par construire des «têtes pleines», mais pas «bien faites» pour reprendre les propos des pédagogues.  L’idée de passer un examen ne doit plus être synonyme d’entrer en guerre. Alors, respirez un bon coup, ayez l’esprit positif, faites appel, s’il le faut, à de bons souvenirs ou emmenez avec vous votre petit objet fétiche pour mieux vous sentir. Et surtout, tenez-vous loin des groupes de discussion à l’entrée des salles.  Le stress n’aura plus le droit de vous toucher.

Les parents, un facteur de stress
Les parents pensent avoir rempli leur mission envers leur progéniture et avoir le droit à la récompense-échange : la fierté de voir son fils ou sa fille réussir à décrocher le baccalauréat. Les parents n’ayant pas pu réaliser ce rêve, au cours de leur jeunesse, attendent que leurs enfants le fassent pour eux. Alors pour certains, il est normal de crier, de persécuter, de harceler tout le temps ses enfants et de ne leur accorder aucun moment de répit. Ils ne font, en fait, qu’augmenter leur stress et amenuiser l’envie de la révision. Alors, il est nécessaire pour les parents d’être d’abord conscients que ce ne sont pas eux les premiers concernés par les examens et qu’en s’imposant sur le territoire de leurs enfants ne peut pas leur être bénéfique.
 Il ne faut pas, non plus, projeter sa propre expérience sur celle de ses enfants ni contraindre ces derniers à s’enfermer sous prétexte d’apprendre. L’ambiance au sein de la famille doit, en principe, rester calme et éviter de faire des examens le sujet de discussion à longueur de journée. La confiance est une règle d’or dans la relation parents-enfants.

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