Descente dans La chambre forte de la Société Générale

Descente dans La chambre forte de la Société Générale

C’est l’une des places les mieux gardées de Paris, presque autant que l’Elysée, Matignon ou Place Beauvau. Une place forte qui a survécu à la grande crue de la Seine en 1910 et à l’occupation allemande. Un bâtiment de cinq étages sur lequel veille depuis 90 ans six statues illustrant les différentes activités du commerce.
C’est que la chambre forte de la Société Générale, sise 29 boulevard Haussman, quelques étages au-dessous d’une ancienne galerie marchande, devenue un temps le siège de la banque, appelée encore aujourd’hui «Agence Centrale», en impose dès l’entrée.
Une porte étincelante en robe d’acier aux reflets d’argent de 18 tonnes doublée de plusieurs dispositifs invisibles veille sur les lieux. Derrière ce dispositif gigantesque, des coffres-forts où sont enfermés les secrets et les fortunes de l’aristocratie française mais aussi, de plus en plus, mondiale.
Que d’histoires à propos de cette porte, construite en pièce unique aux forges du Creusot et traînée lors de l’installation par un fardier et tirée par un attelage de 9 chevaux.
L’invention de l’ouvrage provoque régulièrement des joutes verbales entre Français et Américains. Car c’est à New York, au cours d’un voyage, que le concepteur trouva son inspiration. Et-ce à dire que le modèle qui porte les insignes de la société Fichet, est une copie d’un spécimen d’outre-atlantique ?
Malgré son diamètre imposant de 2,76 mètres son poids, la porte, seule accès vers les quatre niveaux de la chambre des coffres, commence à sentir le poids et l’efficacité de la nouvelle technologie.
Cela bien qu’en 97 ans, aucune infraction n’a jamais été enregistrée. Belle affaire pour les assureurs ? Non, les loueurs des coffres-forts ne vont pas plus loin que l’assurance ordinaire pour vol.
Du coup, avec de telles performances en termes de sécurité, la garantie n’est jamais préconisée à l’intérieur du bâtiment en forme de coque de bateau et dont les fondations, en béton armé, totalisent 7m de large. «C’est ici l’âme de la Société Générale», s’enflamme la personne chargée de veiller sur le dispositif, en fait un ancien attaquant de la grande équipe de football de Saint Etienne des années 70, reconverti aujourd’hui en «gardien».
Même si le siège social du Groupe a été transféré au quartier de la Défense, le président a toujours ses bureaux ici, poursuit l’agent qui s’occupe du coffre, fier de ses vingt ans de services «sans anicroches». Ce qui est un peu banal, puisque certains employés à la sécurité de ce coffre-fort cumulent plus de 35 ans de métier.
Les coffres-forts, petits ou grands, sont accessibles à partir de 116 euros et jusqu’à 10 500 euros par an. N’allez pas croire qu’il n’y a que les lingots qui y sont enfermés. Les philatélistes sont nombreux à fréquenter la place devenue aussi au fil du temps le repaire des collectionneurs d’art.
La règle générale veut que les employés ne sachent pas ce que renferment les boîtes jaunes cuivres. Les clients qui doivent exhiber leurs cartes, identifiées électroniquement d’un geste rapide par les gardiens, savent seuls ce qu’ils entreposent dans leurs coffres. Ils y ont droit à tout article à l’exception des denrées et des bombes.
Il n’y a pas de doubles pour les clés. «Ici, nous n’ouvrons jamais les coffres, nous les perforons à la suite d’une démarche judiciaire, en général en cas de non paiement de loyers». Il faut dire qu’une telle extrêmité n’arrive jamais de la part des clients, âgés en général de soixante ans et plus et qui font de la discrétion une règle de vie. Seul incident signalé sur les dix dernières années, le cas d’une cliente octogénaire qui avait enfermé par mégarde son chien. Les aboiements intempestifs jetteront la frayeur dans l’équipe mais, au final, l’animal sera sauvé.
Durant l’occupation allemande, l’élan patriotique et le réflexe bancaire joints furent imaginer de fondre des métaux et de les transformer en meubles avec une imitation de faux bois. Les occupants n’y virent que du feu.
Encore aujourd’hui, ce mobilier est jalousement gardé. Comme d’ailleurs les escabeaux. L’esprit de galanterie de l’époque est aussi préservé puisque les armoires hautes sont toujours réservées aux dames. Visiter un tel lieu c’est forcément remonter le temps, tant les employés, bien motivés, engagés, sont au fait de tous les détails accumulés par la Société Générale durant sa longue et passionnante histoire.
Les Galeries Lafayette ont pendant longtemps cherché à acheter cet immeuble avant que les actes ne furent signés en 1906 pour 10.750.000 francs de l’époque. Pas évident d’acquérir un tel palais à deux pas de l’Opéra, avec sa belle coupole de 24 m de diamètre, son hall en forme trapézoïdale, communément appelé le «fromage » par le personnel de la Société Générale.
L’agence centrale illustre une innovation architecturalement dès le début du siècle : le hall à fermes métalliques, avec une harmonie entre le vert et le métal.
Par la suite, Jacques Hermant, tenant de l’école de l’Art Nouveau, se chargera de transformer l’immeuble en un établissement bancaire. Aujourd’hui, le caractère authentique de ce siège constitue sans doute l’œuvre la plus marquante de cet architecte. L’équipe qui travaille nuit et jour à la sécurisation des lieux ne peut s’empêcher de penser à la relève. Actionner la porte requiert toute une technique. Et les jeunes prédisposés à la profession se font rare. D’un autre côté, la concurrence est assez présente. «Notre parc est occupé en moyenne à 60%», murmure un employé qui sait cependant que les statues du commerce qui veillent sur les lieux leur garantiront toujours une bonne marge d’avance par rapport aux concurrents.

Intrus, mieux vaut renoncer !
Derrière les 18 tonnes de la porte d’entrée, la sécurité de la salle des coffres forts de la Société Générale repose aussi sur une deuxième porte avec des vantaux rectangulaires pèsant 11 tonnes. Ce n’est pas tout : un tambour d’accès blindé de 6 tonnes relie ces deux portes fortes. Le dispositif est complété par une grille dite «grille de jour ». Pour accéder aux 399 armoires des salles, à ses 8134 compartiments et à ses 22 chambres fortes, l’intrus devra d’abord affronter les 35 tonnes qui l’attendent à l’entrée. Il lui faudra aussi affronter le système de reconnaissance électronique. Et, en dernier lieu, ouvrir les coffres. Un autre calvaire puisque toutes les armoires et les plafonds sont recouverts de plaques en acier poli aux reflets cuivre et bronze. Sans oublier que  l’entrée et à la sortie, intrus ou pas, les nombreuses caméras vous ont filmé sous tous les angles…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *