Deux métiers, une seule finalité

La survie de l’artisanat marocain dépend de sa capacité à suivre l’évolution du marché que ce soit au niveau local ou international. Force est de constater, en effet, qu’une nouvelle classe moyenne a tendance à privilégier la consommation des articles artisanaux ayant une part de modernité. Dans ce sens, le design s’avère aujourd’hui comme le moyen le plus approprié pour procurer à l’artisanat de nouveaux débouchés aussi bien sur le plan économique que social. Mais il se trouve que les rapports du designer à l’artisan n’ont jamais été faciles. Ils sont souvent marqués par la méfiance affichée par l’un comme par l’autre.
Dans ce cas de figure, comment peut-on créer des liens entre ces deux univers différents mais qui ne sont pas forcément opposés ? Cette problématique sera au menu du colloque international organisé les 18 et 19 octobre à Casablanca. « Par la diversité des thèmes, cette manifestation devrait susciter une attitude de questionnement pouvant aboutir à une démarche de création parfois collective et apporter ainsi, au savoir-faire et savoir-être des acteurs en présence, une vitalité et une dynamique nouvelle », souligne Françoise Dax-Boyer, membre du comité d’organisation et conseillère en formation continue au Greta des arts appliqués, qui regroupe trois écoles à Paris : Boulle, Duperré et Olivier de Serres. Plusieurs professionnels et créateurs marocains et français prendront part à ce colloque. L’occasion d’échanger des expériences vécues par les uns et les autres. A ce propos, il y a lieu de citer l’expérience de la collaboration franco-marocaine dans ce domaine. Celle-ci s’est soldée entre autres par le lancement d’une formation sanctionnée par un diplôme en patrimoine/design à l’Institut Spécialisé de Formation aux Métiers Traditionnels du Bâtiment à Fès. Les partenariats de ce type sont des initiatives louables qu’il faudra consolider dans l’avenir. Associer les designers et les artisans dans un processus de création ne peut s’effectuer sans se poser des questions sur les conditions d’exercice de ces métiers. C’est d’ailleurs l’un des thèmes retenus dans le cadre de ce colloque. Il s’agit aussi de trouver de nouveaux champs d’application et d’insertion des métiers du designer et dégager les rapports entre design et métiers d’art.
A ce niveau, plusieurs expériences ont démontré que dans leur rencontre avec les architectes et les designers, les artisans ont fait preuve de créativité. Ils ont même dépassé les propositions qui leur sont faites. A ce propos, Daniel Chevalier, architecte d’intérieur, souligne que « le modèle italien qui a pu associer l’économie du Nord et du Sud a su conserver ses petits métiers au côté d’une industrie toujours à la pointe d’innovations et de transformations, soutenue par des circuits de distribution imaginatifs et efficaces.
Ce modèle peut parfaitement être adapté au Maroc ». Et de préciser : « seuls les Marocains, dans le choix qu’ils feront pour leur futur, trouveront les solutions à cette inquiétude, en écho à la nôtre, qui menace la production d’objets nécessaires à la matérialisation de nos rêves ».
L’artisanat fait aujourd’hui face à la concurrence agressive des produits industriels et à l’évolution des modes de consommation. Dans ces conditions, quelles sont alors les perspectives de développement de la commercialisation des produits de l’artisanat marocain ? s’interroge Mohamed Saïri, directeur du département de la Préservation du patrimoine, de la promotion et de l’innovation, relevant du ministère de l’Economie Sociale, des PME et de l’Artisanat. Selon lui, l’artisanat doit d’abord développer une niche stratégique en termes de marché, de manière à différencier les produits qu’il offre de leurs concurrents industriels. Une telle mesure dépend des actions qui seront mises en place en matière d’image de marque et de politique de communication.

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