Didane : La passion du jeu

«J’ai séjourné pendant 20 jours avec des travestis à Mehdia. J’ai vécu avec eux. J’ai appris leurs manières. Comment ils se maquillent ? Comment ils marchent ?» C’est à ce prix que l’acteur Abdellah Didane s’est illustré dans l’un des rôles les plus audacieux du cinéma marocain. Il a joué le personnage d’un travesti dans «Adieu forain» de Daoud Oulad Sayed. Cette façon de s’imprégner d’un lieu, de s’intéresser au mode de vie d’un personnage avant de le jouer se retrouve également dans le film «Soif» de Saâd Chraïbi. Ce Long-métrage est inspiré d’une histoire vraie. L’intéressé a logé pendant une semaine dans la demeure de la famille du personnage. Il a regardé ses photos, s’est nourri de la terre où il a été élevé.
«Vous savez, quand il pleut et que la terre dégage une odeur que personne ne peut décrire, ce parfum-là circulait dans mes veines pendant tout le tournage». Le mérite d’Abdellah Didane, ce qui en fait un grand acteur, c’est qu’il peut entrer dans la peau d’un personnage, sortir de la sienne, se dévouer corps et âme au rôle qu’il joue. Cet acteur ne peut être mis dans une grille de jeu. On ne peut pas dire qu’il correspond à un type de personnage. Sa palette est large. Il a la capacité de montrer dans chaque rôle un nouveau visage. C’est la marque des grands comédiens. Rien n’associe son rôle dans «Adieu forain» à celui qu’il a joué dans «Soif». Dans l’un : un travesti vulnérable; dans l’autre : un homme viril et dur.
Cette aptitude à se séparer de la vie réelle pour revêtir la peau d’un autre en fait un acteur distingué dans notre pays. L’un de ceux qui ont le plus de talent et qui peuvent élever le niveau du théâtre et du cinéma. Rien ne destinait pourtant Abdellah Didane à devenir un comédien. La maison où il a été élevé résonnait constamment des musiques de Nass El Ghiwane et de Oum Kaltoum. Il est né à Rabat en 1968 dans une famille d’amoureux du chant et de la musique. «Mon père était tellement épris de musique qu’il m’achetait à l’occasion de toutes les fêtes d’Achoura un instrument à percussion que je devais apprendre», se souvient Didane. Le rêve de chanter est resté vivace.
C’est d’ailleurs par le détour de la musique qu’il a trouvé le chemin du jeu. Il a commencé par composer des musiques pour des troupes de théâtre à Salé. À 14 ans, il découvere Abderrahmane El Majdoub : une révélation. Il le joue plusieurs fois à Dar Chabab. Il est vite repéré par Abdelmjid Finich qui lui propose des rôles dans sa troupe «Al amal Al masrahi». C’est le début d’une carrière, jalonnée par de nombreuses apparitions dans les épopées d’Abderrahmane Al Khayat. Il rejoint ensuite la troupe «Founoune» d’Anouar Al Joundi où il apprend son métier en professionnel. Didane ne tarit pas d’éloges sur Anouar Al Joundi. «C’est mon père spirituel, mon mentor. Je ne pourrais jamais m’acquitter de ma dette envers lui», dit-il. Le théâtre reste la vraie passion de l’intéressé. «Je préfère le théâtre au cinéma, parce que le contact est direct. Je sue, je sens le trac. Je ressens le goût de la victoire lorsque le public m’applaudit».
Mais que ce soit au théâtre ou au cinéma, la vie d’un acteur au Maroc n’est pas une sinécure. Didane éprouve de la pudeur à parler des difficultés auxquelles sont confrontés les comédiens dans notre pays. Mais il ne peut s’empêcher de laisser éclater sa colère : «Ici, l’acteur prend le bus pour se rendre d’un endroit à un autre. Comment voudriez-vous que les gens qui le voient dans ce bus aient de l’estime pour lui ? Je ne pense même pas à la vie des stars des autres pays, mais je réclame un minimum de vie décente pour les hommes et les femmes de mon métier». Dans «Cheval de vent» de Daoud Oulad Sayed, Didane interprète le rôle d’un aventurier qui risque chaque jour sa vie dans l’attraction foraine dite «le mur de la mort». L’intéressé précise : «Cette attraction est une partie de plaisir comparativement à la vie que mène un acteur ici».

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