Disparition d’une femme accomplie

Le Maroc vient de perdre l’un des peintres les plus importants de l’histoire de l’art plastique au Maroc. Meriem Meziane est décédée dimanche 29 mars à Madrid à l’âge de 69ans. Elle a été inhumée mardi 31 mars au cimetière Chouhada à Casablanca. C’est l’une des premières femmes musulmanes et arabes qui a exposé en public ses peintures. Son exposition en 1952 à Casablanca, inaugurée par Feu Hassan II, Prince héritier à l’époque a fait sensation. Après cet événement, Meriem Meziane est entrée à l’Ecole des beaux-arts San Fernando à Madrid où elle a obtenu le diplôme de professeur de peinture et de dessin, devenant ainsi l’un des premiers peintres marocains à recevoir une formation dans une école d’art.  «Issue d’une famille de notables profondément sensible à l’art, son exemple, cité du haut de la pyramide sociale, a sans doute contribué à changer les habitudes et à réduire au silence le sentiment de méfiance vis-à-vis de la peinture», explique le critique d’art Aziz Daki. Mais, pour l’universitaire espagnol et historien de l’art José Rogelio Buendia, Meriem Meziane n’est pas seulement une figure de la peinture au Maroc voire en Afrique, c’est également une femme intelligente, sensible et cultivée qui a su célébrer dans ses toiles et toute sa vie durant, la beauté des paysages et le charme des habitants de son cher pays.  «Nombreuses compositions sont d’ailleurs propres à immortaliser l’identité féminine et outre les valeurs esthétiques qu’elles mettent en relief, elles présentent un intérêt ethnographiques et ethnologique sûr. A ce titre, le caractère ethnique nord-africain féminin garde sa pureté ancestrale, perpétue ses merveilles habitudes, déploie ses toilettes et ses bijoux magnifiques en reliques, tout un passé glorieux», explique José Rogelio Buendia. Ainsi, vu l’importance de son œuvre, un musée dédié à feue Meriem Meziane verra bientôt le jour. «Ce projet constituait pour  la défunte un rêve dont elle parlait depuis qu’on a fait connaissance, il y a trente ans. Elle a veillé personnellement à sa réalisation et l’on regrette qu’elle n’ait pas pu rester jusqu’à sa réalisation», a indiqué à ALM Rachid Chraïbi, directeur de la galerie Marsam qui s’occupait de la commercialisation de ses toiles jusqu’en 2007, date de l’arrêt de toute vente de ses œuvres et de la construction du musée. Selon lui, les travaux d’ensemble de cet édifice de 5.000m2, situé à Rabat avenue Balafrej seront bientôt terminés.
Le musée comprendra l’ensemble des œuvres de Meriem Meziane, notamment, en plus de ses tableaux, des sculptures qu’elle avait faites, des sérigraphies, des parures et des bijoux. Feue Meriem Meziane travaillait sur des modèles et s’intéressait particulièrement aux parures de la femme de toutes les régions du Royaume. «Ces œuvres représentent des femmes marocaines typiques de la période entre les années 50 et 60, des femmes majestueuses, belles, étranges et mystérieuses armées de leurs bijoux. Des bijoux qui s’érigeaient en armures», a souligné l’écrivain et psychanalyste Ghita El Khayat qui avait écrit le texte du livre «Le somptueux Maroc des femmes», publié il y a 5 ans aux éditions Marsam et illustré de 150 œuvres de la regrettée. «J’espère que ce musée sera fait par des professionnels de muséologie  qui rendront compte de l’âme de cette femme particulièrement importante», ajoute Mme El Khayat.

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