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Bob Dylan : The essential
Il est probablement bien plus pertinent d’intituler une telle compilation The Essential que par exemple "Golden Hits" ou "The Very Best Of". D’abord parce que Dylan n’a jamais poursuivi un Graal quelconque en matière de hit parades. Et que ses "tubes", s’ils sont dans toutes les mémoires, s’y sont installés grâce à leur durée de vie quasi infinie. Prenez "All Along The Watch Tower". Le jour où cette chanson aura atteint sa date limite n’est pas venu. Pour preuve le nombre d’artistes qui se l’approprient. Chacun sait que c’est une chanson de Dylan, mais tellement souvent adaptée par d’autres qu’elle passe presque dans le domaine public. Une chanson essentielle donc, comme les trois quarts des trente-six titres retenus pour cette compilation. C’est le privilège d’une poignée d’artistes que de pouvoir publier ce type de projet. Une compilation où l’on va trouver des perles inusables ("Knockin’ On Heaven’s Door", ou l’une des chansons les plus reprises de l’histoire du rock, "Like A Rolling Stone"), et des pièces qui sont les humeurs du Dylan plus adulte ("Hurricane", "Silvio"), ainsi que ses colères désabusées ("Every Thing Is Broken"). The Essential fait cependant la part belle aux compositions millésimées. Et celles-là ont encore quelques années devant elles.

Five Leaves Left
Extraordinaire premier album de l’un des génies du folk anglais du siècle écoulé, Five Leaves Left, titre donné en référence à l’avertissement sur les paquets de feuilles à rouler, est un des signes d’une époque (la fin des années soixante) où la guitare acoustique et fragile de Nick Drake faillit prendre d’assaut les coeurs des passionnés de belle musique. Il n’en fut rien car le prématurément disparu fait aujourd’hui partie de ces artistes cultes dont le succès posthume est amplement justifié. Ainsi, ce premier volet de sa trilogie merveilleuse, paru en 1969, est une incroyable odyssée sur les sommets d‘une mélancolie colorée et rarement égalée. De "Day Is Done" à "Way To Blue", en passant par "Saturday Sun", les dix morceaux sont intouchables dans leur beauté à la pureté immaculée.
Cette réédition entièrement remasterisée bénéficie en outre d’un son magnifique.  Sublime.

Wise : Electrology
S’il joue encore de la guitare comme à ses débuts aux côtés du groupe de rock Overhead, Julien Birot désormais préfère cependant se consacrer en grande part aux programmations électroniques et au jazz. C’est finalement sa rencontre avec Robin Notte, musicien influencé par le hip-hop de NTM et Dee Nasty, qui en a décidé ainsi. Quand à ce duo se joignirent le trompettiste Guillaume Poncelet et deux autres instrumentistes, Wise était né. C’est-à-dire un quintette qui pulvérise les barrières entre les genres, en mélangeant des influences aussi diverses que le jazz, la soul et le hip-hop. Sur ce premier album, pas moins de 17 musiciens ont été invités, dont David Linx, Julien Lourau et Flavio Boltro, pour un résultat innovant où les canevas tissés par les programmations informatiques offrent un tremplin idéal aux improvisations les plus sophistiquées.

Johnny Rivers : John Lee Hooker
Enregistré en public en 1970, cet album est le quatrième d’une série de disques live à grand succès où Johnny Rivers, un Blanc venu de Baton Rouge (Louisiane), interprétait des succès du rock déjà éprouvés. Il signe sur ce disque un fameux morceau long de seize minutes, "John Lee Hooker", qu’inspire un motif de guitare rythmique emprunté au célèbre bluesman. Contrairement aux albums précédents, John Lee Hooker a surtout trouvé un écho en France, s’imposant instantanément dans les discothèques. Grâce à son rythme irrésistible, hypnotique, ce rock bluesy au tempo moyen est un titre-phare de l’époque.

Eric Truffaz : Bending New Corners
Lauréat du Concours national de la défense en 1993, Erik Truffaz est le premier musicien français à avoir été signé par le prestigieux label Blue Note. Portée par son quintette, la construction des thèmes d’Out Of A Dream se révèle fortement influencée par l’architecture que sut autrefois imposer Miles Davis. Les climats sont variés et le jeu du leader persuasif. Toutefois, le meilleur reste à venir avec la drum’n’bass acoustique des albums suivants, The Dawn et Bending New Corners. L’ajout du clavier électrique Fender Rhodes à la panoplie de Patrick Muller et l’arrivée du rappeur Nya y seront pour quelque chose. Voilà un premier opus annonciateur de lendemains qui chantent.

San Severino : Les Sénégalaises
Quelque enthousiaste qu’ait été l’accueil de son premier album, Sanseverino devait transformer l’essai. C’est chose faite avec Les Sénégalaises où son jazz manouche imprègne chaque accord. Une gouaille railleuse, un swing morveux, Sanseverino lâche la bride à sa verve humoristique, ironique et acerbe parfois ("La Cigarette", "Les Sénégalaises").

The genius of ray
Ce disque est l’un des chefs-d’œuvre de Ray Charles en même temps que son premier album à être classé dans les charts, devenant accessoirement l’une des plus grandes réussites commerciales et artistiques du rhythm’n’blues américain.
Dans la lignée de ses titres des années 50, Ray Charles se montre ici un interprète exceptionnel, avec une voix sans égale, reprenant des morceaux comme "Alexander’s Ragtime Band" ou "Come Rain Or Come Shine" qui bénéficient d’arrangements somptueux de Quincy Jones. Aux confins du blues, du jazz et de la pop instrumentale, ce disque séduit un public blanc, ce qui en fait donc un disque de transition historique entre le rhythm’n’blues noir et la soul/pop des années 60, qui est ici définie dans toute sa splendeur. Cet album est aussi le dernier de la fructueuse collaboration avec Atlantic, un des plus grands labels indépendants de l’histoire de la musique enregistrée, Ray Charles signant peu de temps après avec ABC-Paramount.
Indispensable, ce disque marque la fin d’une époque et l’annonce d’une période nouvelle, dont Ray Charles ressortira également auréolé.

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