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Blind boys of Alabama : Higher Ground
En choisissant comme chanson-titre pour cet album une célèbre composition de Stevie Wonder, les Blind Boys Of Alabama continuent d’afficher leur éclectisme. Leur ouverture d’esprit, l’énergie et l’enthousiasme dont ils témoignaient dans leur approche de la musique ne pouvaient se satisfaire du répertoire gospel. Et les voix des 3 anciens de s’attaquer à des monuments de la musique noire américaine avec une fraîcheur revigorante. Ils nous offrent une version survitaminée de "Spirit In The Dark" d’Aretha Franklin, une adaptation à la fois retenue et puissante de "The Cross" de Prince, et bien sûr une relecture décapante de "Higher Ground". Cette chanson d’ailleurs se révèle être un gospel, et c’est un peu le sort que réservent Clarence Forentain (le patriarche) et ses hommes à tout ce qu’ils touchent. Les voix montent au ciel, tandis que le groupe bétonne des notes d’éternité. Ce sont les guitares qui sont à la fête, surtout celles qui glissent, qui dérapent sur les cordes, slide et pedal steel, avec la pédale wah-wah pour encore plus de sensualité. Et ce n’est pas la moindre des caractéristiques de cet album à vocation spirituelle. Pour cela, les Blind Boys ont invité Ben Harper qui fabrique des sons magiques, et surtout le pedal steel Robert Randolph qui va tisser de savantes toiles pour laisser les voix envelopper l’espace ("Precious Lord"). Après soixante ans de carrière, les Blind Boys Of Alabama continuent d’inventer.

Are You Experienced
Paru en mai 1967 pour grimper jusqu’à la deuxième place des charts anglais (derrière Sergeant Pepper’s des Beatles), Are You Experienced?fait partie de ces albums mythiques qui aident à comprendre ce que les sixties avaient de si particulier. Enregistrées après avoir été mûrement rodées sur scène, "Foxy Lady", "I Don’t Live Today", "Manic Depression" ou les hits "Hey Joe", "Purple Haze" et "The Wing Cries Mary" n’étonnent pas seulement par leur homogénéité et leur efficacité. Elles frappent aussi et surtout pour leurs lignes de guitare lumineuses qui, bien qu’ancrées dans la tradition du blues ("Red House"), semblent être venues d’une lointaine galaxie. Avec ce premier album, soutenu par Noel Redding (basse) et Mitch Mitchell (batterie), Hendrix, pour reprendre les mots d’Eric Burdon, "faisait (déjà) l’amour aux étoiles" et inventait la musique de l’avenir.

J.J Cale : live
Quand on sait combien un album studio de J.J. Cale est un objet rare et précieux, on mesure l’importance de son tout premier album live. En trente années de carrière, l’homme de l’Oklahoma n’avait pas jugé utile ou opportun de se livrer en public à travers un disque. On imagine donc combien la décision de publier et de choisir quatorze de ses chansons en live aura été mûrement pesée (!). Et comme l’artiste a composé quelques classiques, il en expose ici des versions très personnelles. À l’image de "Cocaïne" (capté en 1994) où J.J. Cale joue tout en retenue et en modération. Ou encore de "After Midnight" qui ouvre le disque en balançant comme une branche de cyprès sous une brise du Sud. Autre classique calien justement, "Call Me The Breeze" avance ici dans une interprétation à l’allant poisseux. J.J. Cale n’a plus besoin de démontrer qu’il a le temps, et cet album prouve combien cet homme est le roi du cool. Comme ses concerts sont des moments d’exception, Live contient des plages qui couvrent une large période (disons de 1990 à 1994). Mais tout au long du disque, c’est le même ton nonchalant et décontracté, avec une brochette de musiciens (dont sa compagne Christine Lakeland) qui partagent les mêmes options. De la musique écologique pour hédonistes concernés.

Dr John : Goin’ Back to New Orleans
Goin’ Back retrace un siècle d’histoire musicale de Crescent City, depuis le milieu du XIXe siècle avec Louis Moreau Gottschalk, compositeur classique influencé par les chants africains et les danses d’esclaves qu’il avait pu observer au Square du Congo à la Nouvelle-Orléans. Avec le soutien de certains pionniers incontournables de la musique de la ville (Danny Barker, Pete Fountain et les Neville Brothers), Dr. John donne une nouvelle vie aux oeuvres de Jelly Roll Morton, Louis Armstrong, James Booker, Professor Longhair, Fats Domino, Smiley Lewis et Huey Piano Smith. Depuis les débuts du jazz jusqu’au blues, Goin’ Back couvre tout, avec des classiques très connus ("Basin Street Blues," "Careless Love") et des joyaux oubliés ("I Thought I Heard Buddy Bolden Say", "How Come My Dog Don’t Bark"). Le plus remarquable est de voir à quel point cette musique est vivante et encore actuelle.

Creedence clearance revival : The definitive
Toute l’œuvre enregistrée en studio de Creedence Clearwater Revival, à quoi s’ajoutent deux concerts et les tout premiers témoignages discographiques de Tom Fogerty, des Blue Velvets et des Golliwogs, ce coffret de 6 CD constitue à l’évidence un événement depuis longtemps attendu par les nombreux fans du quartette. Pour les autres, c’est l’occasion rêvée de découvrir l’un des groupes les plus populaires de la planète rock au tournant des années 60 (10 singles et 3 albums classés dans les charts US en 1969). À défaut d’avoir été des instrumentistes hors pair, les frères Fogerty, Stu Cook et Doug Clifford ont forgé une musique d’esprit très "Deep South", alors qu’ils sont tous les quatre originaires de Californie, une musique qui a su aller droit au cœur d’un large public de part et d’autre de l’Atlantique. Mieux, "Proud, Mary", "Green River", "Bad Moon Rising", "Down On The Corner" ou "Up Around The Bend" sont autant d’hymnes qui ont fait de John Fogerty le Chuck Berry des sixties.

Spirit Of The Century
Depuis 1939, les quatre Blind Boys Of Alabama chantent le gospel. Mais pour eux, comme pour de nombreux groupes vocaux, le gospel est un moyen, pas une fin en soi. Et s’ils retiennent pour leurs albums des chansons à la portée spirituelle certaine, on n’y trouve pas, loin de là, que des chansons d’inspiration religieuse. À preuve leur version a cappella de "The Last Time" des Rolling Stones. C’est là une adaptation qui ouvre en grand le champ d’exploitation des chansons dites païennes, car les textes y prennent une dimension universelle. Parmi les autres titres du répertoire "rock", on note "Jesus Gonna Be Here", signé Tom Waits, avec une superbe partie de contrebasse ronflante, ou, toujours de Waits, "Way Down In The Hole", des compositions qui cette fois, invoquent l’esprit divin. Même Ben Harper, dont on sait la sensibilité religieuse, est présent à travers "Give A Man A Home", une pièce soul rehaussée de la slide guitar de David Lindley. Car en plus de la très haute tenue vocale de cet album, chacun des quatre chanteurs s’offrant son morceau de bravoure, c’est à travers l’orchestration luxueuse (des invités comme John Hammond ou Charlie Musselwhite) que s’exprime cet "Esprit du siècle". Un siècle qui prend ici des allures d’éternité.

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