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 Fleetwood Mac : then play on
Avant d’embarquer pour la Californie vers une nouvelle vie de pop stars, Fleetwood Mac était considéré comme un groupe de blues rock anglais avec ses racines dans les Bluesbreakers de John Mayall, le coeur entre Chicago et le delta du Mississipi. Un des seuls albums de Fleetwood Mac qui reste de leurs débuts, Then Play On saisit le groupe à un moment critique : le gang à deux guitares d’origine (avec les solos sinueux du membre fondateur Peter Green et la slide de Jeremy Spencer) est doté d’un troisième guitariste en la personne de Danny Kirwan, protégé de Green. Emmenée par la batterie à la fois musclée et retenue de Mick Fleetwood et les lignes de basse régulières de John McVie, la formation fait des démonstrations de guitares atmosphériques et émouvantes, riches de leurs variations de vitesse et de volume. Les paroles ne sont peut-être pas très recherchées, mais on ne peut pas en dire autant des guitares. Et lorsque le quintette balance son morceau le plus connu sur ce disque, le classique "Oh, Well" (qui réunit les sections électrique et acoustique, sorties à l’origine comme les deux faces d’un single), on comprend pourquoi le nom de Green est souvent cité aujourd’hui aux côtés de celui d’Eric Clapton et de Jimmy Page.


Jack Johnson : On and on
Deux ans après ses débuts multi-platinés, avec l’album Brushfire Fairytales produit par J.-P Plunier, (l’alter égo de Ben Harper), Jack Johnson, offre une deuxième fournée de bonnes vibrations aux amateurs de paix et de sérénité. Comme l’ex-skater Tommy Guerrero, ce natif de Hawaï ex-surfer professionnel aime les ballades mi funk, mi blues (parfois parfumées reggae "The Horizon Has Been Defeated") polies à la guitare acoustique, et enrobées d’une basse discrète et de percussions. Ses chansons nonchalantes confiées aux bons soins de Mario Caldato Jr. (Beastie Boys, Beck, Jon Spencer Blues Explosion), Jack Johnson s’adonne à quelques considérations sur la guerre ("Traffic in the Sky"), le monde capitaliste ("The Horizon Has Been Defeated") et la jeunesse ("Cookie Jar"). Puis, il retourne dans son hamac face à la mer bleue. Humaniste mais pas prêcheur.


 Tracy Chapman, La voix  d’amérique
Publié en 1988, ce premier album d’une jeune chanteuse de folk noire- américaine jusqu’alors inconnue fit forte impression aux quatre coins du globe. Rassemblant une douzaine de chansons écrites et composées par cette native de Cleveland (Ohio)
entre 1982 et 1987, Tracy Chapman fait montre d’une maturité étonnante et distille un feeling naturel rare.
Il remet aussi les guitares acoustiques à la mode. Tout en sobriété, les ballades finement troussées et les titres mid-tempo chaloupés juste ce qu’il faut nous promènent à travers l’Amérique des laissés-pour-compte et du désarroi sentimental. Des tranches de vie flétrie exposées par la plume juste de Tracy et transcendées par une interprétation généreuse en frissons.
Une voix qui vient du coeur, comme on dit.


Tom Waits : Blue Valentines
Selon les moments, on doit tous avoir une chanson préférée de Tom Waits. Une qui colle exactement à l’état d’esprit de cet instant-là. "Christmas Card From A Hooker In Minneapolis" fait partie de ces chansons. De celles que l’on a envie d’entendre quand, tard dans la nuit, reste juste une lumière allumée à une fenêtre de l’immeuble d’en face. Cette petite tragédie humaine, seul Tom Waits, peut la chanter comme ça. La rendre palpable. Frémissante. Celle-là et les autres. Chronologiquement, Blue Valentine est son sixième album, et Waits a toujours le blues. Mais pas ce blues académique, prévisible, qu’on entend dans les salons vernis. Non, le sien s’appelle par exemple "$29", et l’héroïne de la chanson a juste perdu "un quart de litre de sang, 29 dollars et un porte- monnaie en alligator". Une autre histoire sordide, dans la nuit de Chicago ou celle de "Los angles", comme il rebaptise L.A. Mais peu importe la ville. C’est une ville, et les trottoirs des villes luisent toujours de pluie sale. Comme ces arrière-cours dans West Side Story, dont Tom Waits reprend ici un "Somewhere" blafard et poignant dans son habillage de cordes tristes. La narration prend le ton et la poésie du jazz joué au fond du bar par ce sax asthmatique, celui de Franck Vicari. Et comme toutes les plages ont été enregistrées directement en deux pistes, pas de bidouillage de studio ici, on a presque les yeux qui piquent à la fin. C’est la fumée. C’est le trombone. C’est le piano. C’est Tom Waits.

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