Ecouter

Prince : Purple Rain
Quand Purple Rain est sorti, en 1984, Prince a vendu trois millions d’albums, une broutille comparée aux 10 millions qu’il écoulera grâce à ce génial fourre-tout d’idées. Enregistrée avec son groupe The Revolution, la bande originale du film Purple Rain innove dès les premières notes de "Let’s Go Crazy" – un accord d’orgue discordant sur lequel Prince amorce un début de sermon peu catholique. "The Beautiful One" le voit effectuer une magnifique démonstration de ballade torride, servie par son falsetto irréel, avant qu’il ne se lance à corps perdu dans le funk débridé et synthétique de "Computer Blue".
Mais rien ne prépare vraiment à l’étonnant "When Doves Cry", ses claviers lancinants et sa rythmique obsédante – un des morceaux qui symbolisent le mieux le son et le style Prince.
À moins que "Purple Rain", sa guitare langoureuse, son tempo vicieux et le cabotinage du kid de Minneapolis ne soient le véritable sommet créatif d’un disque où la concurrence est rude.


 The roots : Do you want more
Début 1995, un groupe de Philadelphie prend le rap à contre- pied en n’utilisant pas le moindre sample sur son premier album. Dans le sillage de Stetsasonic, les Roots combinent rap et instruments live. Formés par le batteur Questlove et le MC Black Thought, ils affichent dès la pochette très Blue Note de cet opus une teinte jazz indéniable. La contrebasse de Leonard Hubbard, les claviers (notamment Fender Rhodes) de Scott Storch et les invités Joshua Roseman (trombone), Steve Coleman (saxophone) et Cassandra Wilson (chant) donnent à l’album un côté Jazzmatazz, en moins dilué. On entend même une cornemuse sur le titre "Distortion To Static" ! Mais l’ensemble reste avant tout hip-hop, Black Thought étant renforcé par le second rappeur Malik B et l’incroyable Rahzel, qui fait la batterie, la basse, la trompette et les scratchs… avec sa bouche.


Aretha Franklin : Lady Soul
Pour le troisième album d’Aretha Franklin sur son label, Jerry Wexler, le patron d’Atlantic, veut frapper un grand coup. Il va réserver à sa vedette la crème des auteurs et des musiciens (Muscle Shoals plus King Curtis, Bobby Womack et Clapton) et donner au disque un titre explicite mais mérité.
Aretha règne en effet autant sur les cordes soyeuses de "(You Make Feel Like) A Natural Woman" que sur le groove imparable de "Since You’ve Been Gone".
Pianiste inspirée, elle est impériale sur des reprises de Ray Charles et de Curtis Mayfield comme sur ses propres titres et tient en respect tous les allergiques à la soul du monde. A noter que la réédition, réalisée avec le soin habituel de Rhino, restaure l’intro bluesy de "Chain Of Fools" et nous fait entendre ce classique d’une oreille neuve.


 Madlib : Shades of blue
À l’aube des années 2000, on doit à Madlib certaines des productions parmi les plus réussies en matière de fusion entre hip-hop et jazz. S’étant déjà collé aux reprises de Stevie Wonder comme à un hommage à l’immense pianiste Weldon Irvine, ce nouveau pilier du label Blue Note et collaborateur de JayDee s’attaque ici au répertoire de la prestigieuse écurie, reprenant à sa sauce des standards signés par ces pionniers de l’acid jazz funky et de l’electro-jazz que sont Wayne Shorter, Herbie Hancock, Horace Silver ou Donald Byrd. Un disque convaincant dans un registre où les pièges propices aux clichés sont légion.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *