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Björk : Post
Post comme dans l’expression "post avant-garde" ? Foin des étiquettes, Björk s’en passe fort bien. Les collaborations les plus diverses qui clapoteraient chez d’autres, faute de cohésion, débouchent chez elle sur de vraies merveilles, originales et personnelles. Tricky, défricheur trip-hop, se joue de toutes les conventions sur "Enjoy" et le presque abstrait "Headphones". La superbe "Isobel" se voit offrir un écrin de cordes par Eumir Deodato, grand compositeur/arrangeur brésilien, ancien collaborateur d’Astrud Gilberto et de Tom Jobim pour Frank Sinatra. Howie B, roi de l’abstract techno et coproducteur de U2, Graham Massey de 808 State et Nelle Hooper, le metteur en son de Soul II Soul, se relient à la console ou aux programmations. Et Björk de diriger tout ce petit monde comme un elfe mutin, obtenant le meilleur de chacun. Elle ne s’économise pas davantage elle-même : elle nous gratifie de performances vocales qui défient l’entendement et, mine de rien, crée, au passage, une poésie hors-normes. C’est peut-être d’elle-même qu’elle parle dans "The Modern Things", quand elle chante : "Les choses modernes comme les voitures ont toujours existé, elles attendaient le moment adéquat dans les montagnes".

Krall : When I look in your eyes
Que cette grande jeune femme blonde et canadienne soit devenue pour une large audience "la" chanteuse de jazz de la fin du XXème siècle peut étonner à première vue. Mais dès la première écoute, on doit admettre que Diana Krall mérite, sinon un tel intérêt médiatique et public, du moins une place de choix dans le panthéon du chant jazz. D’abord, c’est une authentique musicienne, pianiste douée qui connaît ses classiques – de Nat King Cole (auquel elle a rendu un fort bel hommage avec son propre trio) à Ahmad Jamal. Ensuite, elle a côtoyé, et séduit par son talent, de vieux briscards tels que Ray Brown ou Jimmy Rowles qui ont vu défiler avant elle le gratin du swing vocal. Dans cet enregistrement, son premier avec une formation aussi étoffée, c’est sa voix qui est essentiellement mise en valeur et son timbre légèrement voilé, sa diction impeccable et l’émotion discrète qu’elle exprime, qui la classent parmi les interprètes les plus convaincants de ce répertoire d’un classicisme éprouvé.

Outkast : Big Boi and Dre Present
Des débuts de Outkast avec l’album «Southernplayalisticadillacmuzik» en 1994 à Stankonia en 2000, l’essentiel des morceaux écrits par Big Boi et Andre 3000 est compilé. À ces deux albums, on peut ajouter les excellents ATLiens (1996) et Aquemini (1998). Si les extraits des deux premiers disques se révèlent, après coup, relativement traditionnels, ce qui suit, dès 1996, annonce un rap plus expérimental, influencé par le funk de George Clinton et Funkadelic. Une influence qui, avec les années, ne se démentira pas, de "Spottieottiedopaliscious" à "Rosa Parks". Toutefois, le groupe ajoutera à sa palette des tonalités électroniques louchant vers la house et la drum’n’bass ("B.O.B") comme vers des arrangements plus complexes dignes de Jimi Tenor ("So Fresh So Clean"). À noter trois nouvelles compositions de haute facture : "The Whole World", "Funkin’ Around" et "Movin’ Cool (The After Party)" à l’ambiance plus jazz.

The roots : Do you want more ?
Début 1995, un groupe de Philadelphie prend le rap à contre- pied en n’utilisant pas le moindre sample sur son premier album. Dans le sillage de Stetsasonic, les Roots combinent rap et instruments live. Formés par le batteur Questlove et le MC Black Thought, ils affichent dès la pochette très Blue Note de cet opus une teinte jazz indéniable. La contrebasse de Leonard Hubbard, les claviers (notamment Fender Rhodes) de Scott Storch et les invités Joshua Roseman (trombone), Steve Coleman (saxophone) et Cassandra Wilson (chant) donnent à l’album un côté Jazzmatazz, en moins dilué. On entend même une cornemuse sur le titre "Distortion To Static" ! Mais l’ensemble reste avant tout hip-hop, Black Thought étant renforcé par le second rappeur Malik B et l’incroyable Rahzel, qui fait la batterie, la basse, la trompette et les scratchs… avec sa bouche.

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