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Lynda Lemay : du coq à l’âme
Après le succès très inattendu de son dernier album Live (qui a d’ailleurs plutôt fait office de compilation déguisée) et sa prestation très remarquée aux dernières Victoires de la musique, la Québécoise auteur compositeur pas comme les autres nous livre déjà un nouvel opus, qui pourrait bien être celui de la consécration : réalisé avec davantage de moyens que ses aînés, ce Du coq à l’âme témoigne d’une imagination fertile et d’une sérieuse aptitude à passer du rire aux larmes (d’où le titre…), avec finesse et sans jamais tomber dans la vulgarité ou le voyeurisme. Aussi aborde-t-elle dans un énergique bric-à-brac les thèmes universels que sont la vie à l’hôpital ("Roule-moi"), les enfants maltraités ("J’ai battu ma fille"), les soirées galères ("Crétin"), l’impuissance masculine ("Bande de dégonflés"), ou les personnes âgées abandonnées ("La Place au sous-sol"), pour finir sur un portrait très… affectueux de nous autres, "Les Maudits Français" ! Le tout interprété avec sensibilité, d’une voix claire et magistrale. Toujours est-il, qu’on se demande si ce n’est pas plutôt quand elle manie sa plume sur le mode de l’introspection et de l’intimisme (cf. "Ailleurs et surtout" "Je suis grande", meilleur titre de l’album), qu’elle est le plus touchante et authentique. Comme si, pour cette fille saine et souriante, l’humour dont elle use en égratignant ses semblables, n’était qu’un moyen de camoufler son extrême fragilité..


Portishead : Dummy
On s’est beaucoup gaussé de la crédibilité à inventer une étiquette supplémentaire pour définir cette musique : le trip hop. Encore un truc de journalistes, persiflaient les détracteurs. Il n’empêche. Avec Massive Attack, Tricky et Dummy, le trip hop est la bande-son idéale de la ville dont il est originaire : Bristol, cité fantôme pluvieuse dont Portishead (étape dont le groupe tire son nom), avec ses grues rouillées noyées dans la brume en bout d’estuaire, est le résumé sinon l’unique symbole. Sur Dummy, Portishead invente des rythmes inédits, propices au trip. En écoutant "Sour Times" et "Glory Box", une sourde léthargie envahit, initiée par des tempos sous Tranxène à nuls autres pareils. Ici, on est loin de l’hystérie des breakbeats poussifs. Portishead préfère les routes de campagne où il fait bon prendre son temps aux circuits de F1 où l’on tourne en rond à toute berzingue. Mystérieuse et fascinante, l’ambiance un peu dépressive de Dummy est l’écrin parfait pour la voix tristement alanguie de Beth Gibbons portée par la pertinence des samples de Geoff Barlow. D’une rare sensualité, Dummy ne doit pas uniquement être l’apanage des âmes solitaires.


Red Hot Chili Peppers : Uplift Mofo Party Plan
Avec un titre déjanté reflétant bien l’état d’esprit du groupe, ce troisième album des Red Hot Chili Peppers place la barre encore très, très haut. Plus explosif que jamais, le quartette de Los Angeles se montre tout aussi efficace que corrosif. Inspirés et maîtrisant à souhait un son où funk et rock lourd font bon ménage, les Red Hot gravent certains des meilleurs morceaux de leur riche carrière avec "Fight Like A Brave" et "Behind The Sun". A noter, le traitement tout personnel donné au "Subterranean Homesick Blues" de Bob Dylan ainsi que la participation active de membres de Fishbone. Un must.


Madonna : The immaculate collection
Alors que les Spice Girls étaient à l’école primaire, Madonna inventait le girl power, remettant à la mode les corsets et mélangeant sexe, religion et soif du pouvoir. The Immaculate Collection célèbre sept années ininterrompues de tubes. "Holiday" ou "Borderline" millésimées 1983-84, fortement teintées de disco, préfigurent la folie de la dance music qui devait déferler sur les clubs à la fin des années 80. Sur "Like A Virgin", Madonna soupire et hoquète, pas vraiment vierge, mais franchement sexy, avant de devenir émouvante sur les slows "Live To Tell" ou "Crazy For You". Sans doute agacée que ses frasques et ses looks soient plus commentés que sa musique, la chanteuse aborde ensuite des problèmes plus graves que l’ordinaire de la pop : "Papa Don’t Preach" raconte, sur fond de violons, les mésaventures d’une adolescente enceinte et déboussolée ; "Express Yourself" vante, haut et fort, les mérites d’être une femme libérée. Et là, Madonna sait de quoi elle parle.

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