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Compay Secundo : Las Flores de la Vida
Les retraités de Buena Vista Social Club, filmés par Wim Wenders et coatchés par Ry Cooder, ont pris résidence dans les charts internationaux. Le senior de la bande, Compay Segundo alias Francisco Repilado, né en 1907 dans un petit village proche de Santiago de Cuba, profite sans chômer de ses heures de gloire tardives. Tout comme ses camarades de jeux, Ibrahim Ferrer ou Ruben Gonzalez, il ne s’abîme pas dans la contemplation de ses disques d’or ou dans le souvenir de son métier de rouleur de cigares, mais s’adonne sensuellement aux plaisirs solitaires. Son savoir-faire, pétri d’émotions et d’humour jubilatoire, enveloppe les treize titres tout feu tout flamme de Las Flores de la Vida, enregistrés en compagnie de son célèbre Harmonico, guitare sophistiquée à sept cordes. Nostalgique des boléros et autres sérénades d’antan, ce monsieur de plus de quatre-vingt-dix ans illumine avec verdeur quelques chansons romantiques, dont la légendaire "Guantanamera". Un bouquet salsa de chansons éternelles offert par le toujours dynamique Compay Segundo ne se refuse pas.


Charlie Haden : In Montreal
On dit souvent que les contraires s’attirent, et on peut difficilement imaginer styles a priori plus opposés que la virtuosité mélodique et rythmique d’Egberto Gismonti et l’économie du jeu de basse de Charlie Haden. Pourtant l’un et l’autre se sont jadis associés à Jan Garbarek pour former un trio qui enregistra deux disques pour ECM, et quand en 1989 le Festival de Montréal rendit hommage au bassiste en une série de concerts – dont une bonne partie a été publiée par le label Verve –, c’est de nouveau au pianiste et guitariste brésilien qu’il fit appel pour la seule de ces soirées qui s’éloigne du strict jazz. C’est qu’Haden a toujours été attiré par les musiques du sud (Cuba, Portugal, Espagne, Argentine…) et que son amour de la mélodie le rapproche de musiciens tels que Gismonti, Dino Saluzzi ou Gato Barbieri.
Ici ce sont les compositions du Brésilien qui dominent, et Haden se contente essentiellement de fournir aux envolées lyriques de son invité le soubassement inébranlable de sa basse tellurique et chantante. L’alliance des contraires? Oui : de la braise rougeoyante et des flammèches virevoltantes.


Laurent De Wilde : Time+Change
Ce nouvel enregistrement de Laurent de Wilde risque d’en surprendre plus d’un. Tournant le dos au jazz acoustique, regardant droit devant lui, le pianiste fait siennes les musiques d’aujourd’hui, l’électronique lui offrant un champ infini de possibilités. À la trappe le rutilant Steinway de ses derniers albums, bonjour le Fender Rhodes et tout un tas de drôles de machines pour un bon bol de rythmes, un bain de sons numériques. Un nouveau départ, certes, mais Laurent de Wilde sait très bien où il va, possède tout le bagage nécessaire pour faire autre chose. Loin d’être oubliés, Monk, Coltrane, mais surtout le Miles Davis électrique de l’époque de Bitches Brew et le fabuleux sextette qu’Herbie Hancock possédait alors, restent le point de départ de ses savantes recherches dans lesquelles la techno et la soul croisent le reggae et le bop. Ces plages torrides et folles, véritables poèmes pétris de groove et de feeling, sont le jazz de demain.


Saint Germain : Tourist
Après le trompettiste Erik Truffaz, c’est au tour de St Germain, alias Ludovic Navarre, d’être signé par le prestigieux label de jazz Blue Note. Voilà qui devrait brouiller les pistes et participer au décloisonnement des genres que sont jazz-house, soul, reggae et acid-jazz. Une fois pour toutes, on en a confirmation, St Germain n’est pas un savant fou qui bricole en solo dans son home studio. Certes il manipule la souris, mais il n’oublie pas pour autant la chaleur acoustique du jeu instrumental. Alors, quelques musiciens pointent le nez, dont le guitariste jamaïcain Ernest Ranglin qui invoque l’esprit de Grant Green, ancien pilier de la prestigieuse écurie qui héberge St Germain. Bariolé.

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