El ouadie : portrait d’une famille de militants

El ouadie : portrait d’une famille de militants

Touria Sekkat et El Ouadie El Assafi peuvent dormir tranquillement dans leurs tombes. Leur œuvre militante, patiente et hautement patriotique, se poursuit avec la même force, la même conviction et avec le même rêve. La famille El Ouadie a su rester égale à elle-même, en dépit de longs et, parfois, très coûteux sacrifices consentis pour la patrie. Il suffit de rappeler que Salah, aujourd’hui membre du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), et Aziz, journaliste et membre de la section Maroc d’Amnesty International, ont fait, à leur bas âge, l’expérience amère de la prison.
L’un et l’autre avaient été condamnés en 1974 à vingt ans de prison, dont ils ont purgé 10 ans, pour appartenance au mouvement «23 Mars», un ancien groupement de la gauche marxiste. Ils ont été libérés en 1984, suite à une grâce royale accordée par le défunt Hassan II. Leur emprisonnement remonte à la tristement célèbre époque des années de plomb. Une vieille blessure que les deux ex-détenus de Derb Moulay Chrif, l’ancien centre de détention de sinistre mémoire, veulent aujourd’hui oublier, après que l’Etat, à travers l’Instance Equité et Réconciliation (IER), dont Salah était d’ailleurs membre actif, ait reconnu le préjudice causé aux victimes.
Les traces de cette expérience douloureuse ont fait l’objet de plusieurs publications, dont la première est un recueil de lettres échangées entre Salah et Aziz avec leur père El Assafi du temps où ils étaient en détention. Ce livre, intitulé «Tissu et barreaux», voit le jour en 1988 grâce aux efforts de celle que l’on surnomme, à juste titre, la «mère courage», la regrettée Touria Sekkat qui prête aujourd’hui son nom à des établissements scolaires de différentes villes, sans oublier qu’un complexe culturel au Maârif est baptisé du même nom. Et ce n’est pas tout… Pour crever l’abcès, Salah et Aziz s’étaient livrés à une abondante écriture.
Leurs livres occupent aujourd’hui le devant des rayons consacrés à la littérature carcérale. Parmi ces livres, on retient notamment le roman intitulé «Le Marié» de Salah et le recueil «On a volé du rire» d’Aziz. Fait curieux, ces deux livres, loin de verser dans la sinistrose qui était à la mode, évoquent l’expérience carcérale avec beaucoup d’humour. Pour Salah comme pour Aziz, il serait plus efficace de traiter le mal sur le mode de l’humour ; «il vaut mieux en rire que d’avoir à en pleurer», ajoute l’instituteur Aziz, sur le ton du pédagogue qu’il a toujours su être. Salah, l’un des piliers du travail colossal accompli par l’IER, dit garder la même disposition au rire. Dire que la volonté infernale de leurs anciens geôliers n’a pas eu raison de leur vivacité et de leur volonté d’en découdre. Entre sa mission de pédagogue et celle d’acteur associatif, Aziz trouve le temps de se consacrer à sa vocation favorite de journaliste sportif.
Une énergie hors-pair qui lui vaut aujourd’hui le titre de «grand habitué des stades». Salah, lui, est partagé entre son travail au sein du CCDH et les réunions de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA). Une belle leçon de vitalité héritée du fervent dynamisme de leurs géniteurs : El Assafi et Touria Sekkat. Récapitulons : militantisme associatif (IER, CCDH, Amnesty International…), le tout combiné à l’enseignement, à la littérature (poésie et roman)…
Ce sont là quelques domaines de prédilection où Aziz et Salah ont fait de brillantes preuves. Maintenant, qu’en est-il du reste de la famille ? Assia El Ouadie, qu’on ne présente plus, est également une militante convaincue des droits de l’Homme.
Est-ce un hasard si cette grande dame a quitté en 1972 un prestigieux poste de juge à Casablanca, avec toutes les prérogatives que cela implique, pour devenir l’avocate des enfants en difficulté ? Que cette militante soit connue sous le nom de « Mama Assia » dans les centres de détention pour mineurs n’est pas non plus le fruit du hasard. Une belle preuve de l’intérêt que cette militante n’a cessé de témoigner à l’endroit des enfants, ce qui lui a valu d’être chargée par SM le Roi de la gestion des centres de détention pour mineurs. Asmaâ, elle, a emboîté le pas à sa sœur aînée Assia, pour avoir choisi le métier d’avocate. Un choix qui ne doit rien au hasard, puisque cette dame a fait à son tour l’expérience douloureuse de la détention. Avec Salah et Aziz, Asmaâ a connu les affres du centre de détention de Moulay Chrif.
En dépit des séquelles du passé, les enfants El Ouadie n’ont rien perdu de leur hargne. A l’exemple de leurs parents qui ont su rester fidèles à leurs idéaux jusqu’au dernier jour de leur vie. Anciens militants socialistes, ces derniers ont communié ensemble dans le culte d’une même passion : la poésie.
La regrettée Touria compte, entre autres livres, un excellent recueil intitulé «Chansons a-temporelles», alors que le défunt El Assafi s’est fait remarquer par une abondante production allant de la poésie («La blessure têtue», «L’Appel de la conscience», entre autres recueils), à l’écriture des mémoires politiques consacrés à des symboles du mouvement national tels que Abdelaziz El Massi, Omar Benjelloun et… Abderrahim Bouabid. 

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