Elian Athias réssuscite le Reggae

Elian Athias réssuscite le Reggae

Elian Athias n’a pas encore trente ans, mais son talent a déjà fait du chemin dans les grands journaux de Los Angeles, sa ville natale. Marocain d’origine, il n’a jamais vu son pays, jusqu’à ce concert de dimanche dernier à Essaouira. Retrouvailles électriques. Introduit et présenté par le lead vocal du groupe à une foule survoltée, il a eu du mal à cacher son émotion.
Très vite, le public de 400 000 personnes qui ne le connaissait pas, l’a adopté, mais pas seulement à cause de sa marocanité ; sa voix ressemble étrangement à celle du grand Bob Marley quand il scande « running away », ou «concrete jungle».
L’entendant jouer un jour, le mexicain Carlos Santana, grand admirateur des Wailers, l’avait confondu avec le Lion de Zion. «Je n’ai jamais autant bougé depuis Bob », dira Santana reproduit au mot par toute la presse people et le Justice Ball de Los Angeles.
L’arrivée du jeune marocain dans le groupe a suscité quand même quelques interrogations, voire de petites protestations.
De la part surtout des fervents adeptes du rastafarisme vite relayés par les médias. Tous s’étonnaient qu’un jeune religieux juif et orthodoxe puisse adhérer à une philosophie qui a pour référence Hailé Silassié, l’empereur d’Ethiopie, le Roi des Rois et qui tire sa descendance en droite lignée de la reine de Shaba.
Pour s’être convertie au christianisme, Judie Mowatt, l’une des trois filles qui formaient avec Rita Marley les I Threes, a dû jeter l’éponge.
Elan Athias, lui, ne voit pas de contradictions entre le mouvement rasta et les religions monothéistes: «Les rastas comprennent parfaitement la sacralité de la prière ». Son arrivée dans le groupe est tout à fait accidentelle.
Al Anderson, guitariste des Wailers, le déniche chantant à l’arrière d’un bus. Aucune formation musicale, aucune prétention. Tout juste le répertoire de Bob par coeur et une voix d’or. Cela suffit pour charmer Al Andarson qui, lui-même, avait été découvert lors d’une banale audition faite par Bob Marley qui l’avait conseillé depuis de s’intéresser au Blues. On lui doit notamment l’album Natty Dread qui a régné conjointement dans les charts anglais et américains.
Bref, depuis cette intrusion, Elan a rejoint le train en marche héritant d’un nouveau nom affectueux, «le jeune lion», chanteur autodidacte parlant plusieurs langues et qui pourrait être ce leader indispensable au groupe pour renouer avec le hit parade. Avec les Wailers, il porta «Guiltiness » en concert, ce que Bob n’avait pas eu le temps de faire auparavant.
Trois ans de tournées plus tard, des rencontres avec Santana ou Shaggy et des concerts retentissants, il est presque devenu aussi apprécié des fans que le vieillissant Aston Family Man, percussionniste du groupe et héritier spirituel de Bob.
Le jeune Elan ne sait pas qu’imiter Bob.
Quelques unes de ses chansons lyriques et spirituelles, comme «Nothing Is Worth Losing You », ont eu de bons échos auprès du public américain et jamaïcains. Seul bémol, lui reproche-t-on, il est encore peu prolifique. Peut-être du fait qu’Elan pense d’abord qu’une musique doit être spirituelle.
«J’ai une belle voix, mais est-ce important de remplir le monde avec des mots vides » ?.
Une réflexion qui rejoint étrangement celle de l’autre vocaliste des Wailers, Gary Pines, qui a résumé le hip hop américain en un son uniforme «Bling Blang » avec, dit-il, dans les clips, une représentation peu respectueuse de la femme. «Mais a chacun son avis, chaque musique véhicule un message ».
Elan, qui découvrait son pays d’origine pour la première fois, ne s’est pas privé de chanter «Exodus », retour vers la terre promise, vers cette Afrique si présente dans les chansons du groupe.
Un retour vers l’Afrique que symbolise aussi la nouvelle composition des Wailers. Outre Elan, une jeune camerounaise Marie Jo, assure le backing.
Le batteur Carlton Barett, frère de Aston Family, disparu récemment, a été aussi remplacé par un artiste africain, Rashacha. Mais le public d’Essaouira n’avait d’yeux que pour Elan Athias, longuement ovationné. Ce premier contact ne sera sans doute pas le dernier.

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