Éloge du maquillage

Dans son Éloge du maquillage, Baudelaire décrit l’usage de la poudre de riz comme une recette pour gommer les aspérités ou estomper les défauts du visage. C’est une substance employée autant par les femmes que les hommes, dit-il, afin de créer «une unité abstraite dans le grain et la couleur de la peau».
Ce grand poète s’est intéressé au fard parce qu’il permet de retrouver les excès d’une vie artificielle. Le grand ethnographe français Marcel Mauss a considéré la cosmétique comme la première forme de peinture.
Le maquillage transforme celui ou celle qui s’en sert en image. Il ne s’agit pas seulement d’une technique, mais aussi d’un rituel qui donne à l’homme le pouvoir de se changer en figure et d’entrer masqué, sous des traits fictifs, dans un univers de représentations. Cet aspect-là a été immortalisé par Visconti dans la dernière scène de son inoubliable film «Mort à Venise». Le personnage principal se meurt sur une plage en même temps que la teinture noire de ses cheveux qui coule, sous l’effet du soleil, sur son visage.
Le maquillage et les rôles qu’il permet de revêtir n’a pas été pris en considération par Abdelhaï Sijelmassi dans son livre «Recettes de beauté des femmes du Maroc». Ce pharmacien, né en 1948 à Kénitra, a écrit un livre pratique -de maquillage et de soin du corps- qui intéressera plus d’une personne par sa clarté et son organisation. Exemple de la clarté des recettes énumérées par l’auteur. Pour fabriquer un shampoing au ghassoul, il préconise de « diluer 2 cuillères à soupe de ghassoul dans un peu d’eau. Laisser gonfler, rajoutez de l’eau jusqu’à l’obtention d’une pâte légère. Appliquer sur la tête, masser le cuir chevelu et les cheveux. Laissez agir 10 mn et rincez abondamment».
Certaines recettes sont surprenantes. Elles sont trop littérales, trop frontales pour ne pas faire sourciller. Imaginez-vous que pour soigner les cheveux secs, la recette recommandée est faite à partir de 100 g de moelle de boeuf fondue à feu doux et d’huile de ricin . Avec autant de gras, il y a de quoi huiler un bout de désert dans le Sahara ! Ou encore ce remède contre les gerçures des mains. L’auteur conseille de fondre de la cire de bougie, de la mélanger à de l’huile d’olive et de l’appliquer sur les mains. C’est ce qu’on appelle colmater les brèches. Et puis, on fait des découvertes intéressantes dans ce livre. Les shampoings aux oeufs ne sont pas composés avec un semblant d’oeuf, mais à partir de vrais oeufs qui risquent de cuire sur nos têtes. C’est ce que nous apprend Sijelmassi : «Pour tous les shampoings aux oeufs, rincez toujours à l’eau tiède pour ne pas cuire les oeufs, ceci laisserait des filaments dans les cheveux».
Au demeurant, nombre de recettes peuvent également se consommer. Il est curieux de relever dans ce sens la parenté entre ce qui rassasie le ventre et ce qui nourrit la peau. Plusieurs formules de soin viennent des fruits et des légumes. «Le fruit du pistachier de l’Atlas (igg) est grillé, il est broyé et mélangé à l’huile d’olive», ceci afin d’obtenir une teinture pour les cheveux. Ce livre est exhaustif. Tout le monde y trouve son compte.
Il s’adresse également aux hommes qui y découvriront des lotions après-rasage et des recettes contre les petits saignements. Livre intéressant aussi parce qu’il perpétue des formules qui risquent de se perdre. Mais il ne faudrait pas croire qu’il s’agit seulement de procédés traditionnels. Il y a également des formules pour l’amincissement. Nos grands-mères avaient assurément d’autres soucis que de paniquer à cause de leur embonpoint qui était, au passage, un signe de leur bonne santé.

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