Emotion en France après la mort du chanteur du peuple

La mort du chanteur français Jean Ferrat, poète et artiste engagé à l’idéal communiste, a soulevé une vague d’émotion en France où classe politique, monde du spectacle et simples voisins rendaient hommage à l’un des derniers monstres sacrés de la chanson française. En ce dimanche jour d’élection pour le premier tour des régionales, la quasi-totalité des médias faisaient leur Une avec le décès, samedi à l’âge de 79 ans, de cet auteur autant inspiré par la poésie de Louis Aragon et la nature que par ses combats politiques. «L’un des derniers géants de la chanson française est mort», titre le quotidien Le Parisien, tandis que le Journal du Dimanche (JDD) dit simplement adieu en première page à «un homme fidèle». Cet auteur discret de quelque 200 chansons, dénonciateur des injustices jusqu’à sa mort, vivait depuis 1973 dans sa tanière d’Antraigues, petit village du Sud de la France. Mais «retiré en pleine gloire dans ses montagnes d’Ardèche, il est toujours resté dans le cœur de son public», poursuit le JDD. Oubliant un court instant les petites phrases de la campagne électorale et les interrogations sur le scrutin, les responsables politiques rendent hommage depuis samedi à ce moustachu à la crinière grise et à la voix caressante, compagnon de route du Parti communiste dont il dénonçait aussi les abus. «Avec Jean Ferrat, c’est une conception intransigeante de la chanson française qui s’éteint», a écrit le président Nicolas Sarkozy évoquant «les mélodies inoubliables» que chacun a en mémoire. «Chacune des chansons était un hymne à la résistance», a réagi la patronne des socialistes (opposition) Martine Aubry. Il «aura tenté, sans jamais se lasser, de lutter contre toutes les formes de servitudes». Les responsables du Parti communiste français (PCF), qu’il a accompagné toute sa vie, ont salué la mémoire d’un artiste proche du peuple et fidèle jusqu’au bout à ses idéaux. Il «a su lier la poésie, le peuple et ses idéaux», a dit la secrétaire nationale du parti, Marie-George Buffet. «Pour moi comme pour des millions de Français, quelque chose de nous s’en va avec lui». Pour son prédécesseur Robert Hue, il a «chanté la France comme personne, la vie des petites gens». Ses collègues du monde du spectacle évoquent le talent et la gentillesse de celui qui a chanté «Nuit et brouillard» sur les horreurs de la déportation ou la passion dans «Aimer à perdre la raison». «C’était un homme engagé, mais il n’était pas un hurleur de sentences. Il le faisait avec poésie», a dit le chanteur George Moustaki. «Jean était était un auteur immense, un homme d’une gentillesse admirable avec de la tendresse plein les yeux et plein la voix», se souvient la chanteuse et comédienne Line Renaud. Ferrat c’était aussi la simplicité et l’amour de la nature comme il le chante dans «La Montagne», inspiré de son petit village, et son plus grand succès que beaucoup fredonnent depuis sa mort. Dimanche, le village situé sur un éperon rocheux s’est réveillé «orphelin», comme le titre le journal local Le Dauphiné libéré. Là, voisins et amis racontent sa simplicité, son goût pour les truites de rivières ou le jeu de boules. C’était «quelqu’un de sincère et de très élégant» qui avait fait le choix d’une «vie simple», raconte son ami restaurateur Yves Jouanny. «C’est vrai que ces derniers temps, il avait baissé les bras, et pourtant je lui disais «allez, Jean, le printemps va arriver». «Il voulait vivre la même vie que chacun des villageois et pas une vie de vedette», résumait samedi le maire, Michel Desenti. Les obsèques de Jean Ferrat, qui souffrait d’un cancer, auront lieu mardi.

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