Enquête : Artisanat, l’éternel parent pauvre

Enquête : Artisanat, l’éternel parent pauvre

La plupart des institutions du  secteur de l’artisanat sont malades. Ce  domaine, actuellement objet d’une vision 2015 aux ambitions certaines, doit au plus vite réhabiliter certaines structures. A commencer par la Maison de l’artisan, laquelle joue le même rôle que l’Office national marocain du Tourisme. Mais pas les mêmes moyens. Ni les mêmes ambitions. L’institution marocaine chargée du tourisme dispose d’un budget de 400 millions de dirhams, contre à peine 50 millions pour sa consœur.
De nombreuses délégations à l’étranger pour le premier contre une unique représentation parisienne pour le second. Mais, au delà des chiffres, que fait réellement la Maison de l’artisan? Un outil de promotion, un décor dans la politique de l’artisanat?
La plupart des  directeurs qui se sont succédé à la tête de cette institution ont eu le mérite de n’avoir jamais raté de salon ou de foire internationale. Mais aucun, de l’aveu même de l’un de ces anciens directeurs reconverti aujourd’hui dans l’écriture, n’est parvenu à «mettre en place une étude afin de connaître le produit qu’il faut pour le pays qu’il faut».
A la tête de cet édifice depuis seulement quatre mois, Abdellatif Maazouz, semble connaître par cœur ses missions : «nous sommes le bras marketing de l’artisanat marocain», lâche-t-il avec sérieux. Et de préciser : «contrairement à l’Office du tourisme, nous ne vendons pas un service, mais un produit » !
 Ce jeune cadre est arrivé à la tête de la Maison de l’artisan dans le sillage d’une vague de nominations à la tête de certains départements de ce secteur. Cas de Abdekader Alami, ex-membre du Conseil constitutionnel et  membre du bureau exécutif de l’Istiqlal, aujourd’hui à l’ODECO (Office des coopératives), organe qui gère toutes les coopératives, allant de l’habitat à l’agriculture et au social. «L’ODECO est un cheval boiteux qui rappelle les pays de l’Est du temps des solkhozes et des kolkhozes, un office qui veut s’occuper aussi bien des taureaux géniteurs que des tarbouches. Il y a confusion des genres », critique un ancien cadre du Département de l’Artisanat. D’ailleurs, la plupart des 500 à 600 coopératives du secteur sont en difficulté. Même sévérité vis-à-vis de la Maison de l’artisan dont le rôle, aux yeux de notre interlocuteur, «ne doit jamais se départir des simples fonctions d’un bureau d’études»
Mais pour M. Maazouz, la  Maison de l’artisan a deux missions fondamentales dont  marketing stratégique, entendez études de marchés, identification des produits, des circuits de distribution. Il y a aussi le «marketing opérationnel, l’action de communication en faveur de l’artisanat ». L’urgence aujourd’hui est justement la préparation d’un plan de communication, une première pour la Maison de l’artisan, en activité pourtant depuis 1957.
Pour le reste, l’institution cherche une seconde jeunesse depuis la récente signature d’une convention avec les Chambres de l’artisanat. Objectif, organiser une foire régionale dans chacune des 24 régions. Un vaste programme qui passe aussi par la communication. D’aucuns ont vu derrière cette convention signée en grande pompe une manœuvre pour contourner le blocage au Parlement de la loi sur la réformes des Chambres de l’artisanat. Ce n’est pas ce qu’en pense en tout cas, Mohamed Sairi, chargé de l’appui au secteur de l’artisanat : «c’est une proposition de loi bloquée par un problème de procédures. Il y a conflit de compétences entre la commission de législation et celle des secteurs productifs ».
Dans son contenu, cette proposition de loi fixe les attributions des Chambres : formation et apprentissage, mutualisation des services, centre agréé de comptabilité. Les détracteurs du texte comme ce député Rni’ste, reprochent à ses rédacteurs de vouloir changer le mode de scrutin individuel par un scrutin de liste. «En le faisant, un parti politique donné pourrait asseoir sa mainmise alors que jusque-là la force des Chambres réside dans la diversité des opinions ». Force ou faiblesse ? En tout cas,  le son de cloche qui émane des officiels voit dans  l’option  du scrutin de liste un gage d’homogénéité, «propice au travail».
Problème, la plupart des maisons de l’artisanat n’existent que par leur part prélevée sur la patente. Pas de missions, pas d’initiatives, à l’exception de la Chambre de Marrakech, laquelle est arrivée l’année dernière à dégager un million de dirhams de recettes grâce à l’organisation des foires et aux services rétribués. 
Quant au ministère de l’Artisanat, son budget tourne autour de 19 millions de dirhams. A moins d’un puissant effet de levier, il s’agit d’un handicap certain dans la réalisation de la vision 2015. Pour que cette vision ne soit pas «un rêve disproportionné par rapport à la réalité et à la mentalité des artisans, plutôt individualistes », le ministère devra, commente un haut fonctionnaire familier du secteur, réaliser au plus vite un registre d’artisan, pour ne serait-ce que déterminer les besoins en formation et en matières premières.

Les projections 2015 sont-elles réalistes ?
D’ici neuf ans, M. Douiri vise la création de plus de  117.500 postes d’emplois et de 37.200 petites et moyennes entreprises, 331.500  micro-entreprises et 37.200 grandes unités de production. Sur la période, le secteur réaliserait un   chiffre d’affaires de 24 milliards Dh ainsi que 7 milliards DH en  termes d’exportations.
La nouvelle stratégie est axée sur la répartition rationnelle des rôles entre les différents intervenants, l’élaboration de politiques complémentaires car il existe une différenciation  des secteurs d’activité, le lancement d’une politique orientée vers l’artisan  individuel dans les mondes rural et urbain et ce, pour l’amélioration des  revenus mensuels, des conditions de travail des artisans ainsi que le choix  des clients.  Reste à savoir si l’artisanat a les moyens de sa politique.
Le gouvernement a mis en place, dans ce cadre, des programmes de développement spécifique pour chaque catégorie de producteurs, qui seront exécutés dans un cadre contractuel et dont le financement est estimé à 3 milliards DH. 7000 jeunes bénéficieront de la formation professionnelle aux métiers d’artisanat.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *