Enquête : Hippophagie : Les Marocains restent réticents

Enquête : Hippophagie : Les Marocains restent réticents

Non! Un cheval, ça ne se mange pas! Il faut arrêter ce massacre! Ensemble combattons les  hippophages et leurs complices !… Tels sont les slogans que l’on retrouve un peu partout sur des sites Internet, sur des autocollants et sur des T-shirts. Le mouvement anti-hippophage, car il s’agit bel et bien d’un mouvement, commence à se développer petit à petit dans le monde. Des mécontents se manifestent un peu partout et des pétitions circulent par-ci et par-là  pour condamner les actes jugés ignobles de «ces dévoreurs de la chair chevaline». Les anti-hippophages mettent en avant des histoires tristes de chevaux endoloris et maltraités pour sensibiliser les âmes sensibles. Cependant, les gourmands ne cèdent en aucun cas devant cette fronde. Au Maroc on demeure encore très loin de cette vague internationale. Ce genre de comportements «civiques» n’a manifestement pas encore trouvé sa place dans notre pays. L’argument religieux ne fait pas de l’hippophagie une pratique illicite, mais entraîne des réticences  pour ce qui est de la consommation de cette viande. Même les rumeurs qui circulent sur les vertus thérapeutiques de cette viande et son prix nettement bas (65DH/kg pour la viande et 50DH/kg pour la viande hachée) n’arrivent pas à attirer beaucoup de monde. «Il y a peu de personnes qui viennent acheter la viande de cheval. Ils savent tous que cette viande est «makrouha» (pas recommandée par la religion), c’est pour cela que ça ne marche pas bien par ici. La majorité de mes clients sont des gens très pauvres qui n’arrivent pas à acheter de la viande bovine. Ils sont hippophages parce qu’ils n’ont pas le choix. Il y a même des personnes qui viennent me demander 5 ou 4 dirhams de viande hachée. Mon plus grand chiffre d’affaires, je le fais avec les éleveurs de chiens», explique Kacem, propriétaire d’une boucherie hippophagique au boulevard de Bourgogne à Casablanca. Côté religion, les textes sont très clairs. Aucun interdit vis-à-vis de l’hippophagie est signalé. «Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de  porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d’Allah, la bête étouffée,  la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévorée -sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit  morte-. (Vous sont interdits aussi la bête) qu’on a immolée sur les pierres  dressées, ainsi que de procéder au partage par tirage au sort au moyen de  flèches. Car cela est perversité. Aujourd’hui, les mécréants désespèrent (de vous détourner) de votre religion: ne les craignez donc pas et craignez-Moi». Le Coran, (sourate 5 Al-Mâ’ida, verset 3). La jurisprudence et le fiqh vont dans le même sens. L’hippophagie n’est pas interdite (Haram), mais demeure makrouha, non répréhensible. En effet, l’acte makrouh est celui, dont l’abandon vaut rétribution, mais dont l’accomplissement n’entraîne pas de châtiment. «La religion n’a interdit en aucun cas le fait de manger de la viande chevaline. Aucun texte légal ni dans le Coran ni dans la Sunna du Prophète n’interdit explicitement l’hippophagie… Cependant le rite malékite rend l’hippophagie makrouha, en d’autres termes, indésirable. Wa Allah Aâlam», explique Farid Al Ansari, président du Conseil supérieur des oulema de Meknès. Côté nutritionnel, la viande du cheval est parfaitement comestible. Elle ne représente aucun danger pour la santé de l’être humain, ce qui rend sa consommation aussi normale que la consommation de la viande bovine ou du dromadaire. De plus, les qualités nutritionnelles de la viande chevaline connue par sa faible teneur en cholestérol et par sa richesse en fer constituent un atout considérable. «La consommation de la viande chevaline ne pose aucun problème pour la santé de l’être humain. Elle est parfaitement comestible et elle est consommée un peu partout dans le monde. Même en France, on consomme cette viande. Des chevaux de lait qui sont encore très jeunes sont abattus pour leur chair tendre. La viande du cheval est une viande pure et dure qui contient des protéines animalières. Pour ce qui est des rumeurs qui circulent sur ses vertus thérapeutiques, elles sont absolument fausses. Jusqu’à aujourd’hui, aucune vertu thérapeutique n’a été attribuée à cette viande», explique le Dr Oussama Dehhani, vétérinaire à Casablanca. Notre société n’est pas très portée sur la consommation de cette viande, car on considère que les chevaux sont des animaux de compagnie tout comme les chiens et les chats. «Il est hors de question que je mange cette viande. La viande du cheval est bonne pour les chiens et les chats… De plus, ce ne sont que des vieux chevaux malades que l’on égorge», affirme Hakima, femme au foyer casablancaise.
Mais cette crainte est absolument infondée, les animaux égorgés dans les abattoirs marocains sont contrôlés et ceux à plusieurs reprises, ce qui garantit la bonne qualité de cette viande. «Tous les chevaux abattus sont contrôlés par les vétérinaires. On pratique deux contrôles, l’un avant l’abattage et l’autre post-abattage ce qui fait que nous sommes parfaitement sûrs de la qualité de la viande mise sur le marché. Si la carcasse de l’animal représente des anomalies ou des lésions, il est interdit de la mettre en vente», ajoute le Dr. Oussama Dehhani.
Quel que soit l’argument, tous les témoignages recueillis auprès des citoyens montrent que la société marocaine n’est pas hippophage.  L’argument religieux l’emporte largement dans ce dilemme.

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