Enquête : Les parents préfèrent les écoles étrangères

Enquête : Les parents préfèrent les écoles étrangères

C’est parti pour la nouvelle année scolaire 2007-2008. Premier souci des parents : le choix de l’école. A Tanger, ce sont les établissements étrangers qui enregistrent le plus grand nombre d’inscriptions.
Un choix qui a pour origine la conviction des parents d’assurer le meilleur moyen de former leur progéniture. Ce sont donc les écoles espagnoles, françaises, et américaines qui comptent le plus d’élèves marocains. La prestigieuse école française, Adrien Berchet, créée en 1917, arrive en tête en devenant l’école de prédilection pour les parents à Tanger. Au cours de l’année scolaire précédente, cet établissement a enregistré un taux de 44% d’élèves marocains (entre 4 et 12 ans).
La majorité des parents de ces derniers sont d’anciens élèves de cette école ou des diplômés de grandes écoles au Maroc ou à l’étranger. «Dans les années 60 et 70, nos parents bataillaient pour nous faire inscrire dans l’école Berchet. C’était un signe de prestige et de distinction pour les familles riches et celles des notables. Les élèves marocains de ces écoles ne parlaient qu’en français et jouaient uniquement avec leurs camarades de classe», raconte Khadija, ancienne élève de l’école Berchet et mère d’un enfant au CM1inscrit au même établissement. Et de rappeler que les mentalités ont changé : «les parents veillent beaucoup plus à assurer une meilleure formation à leur progéniture. La plupart d’entre eux sont des intellectuels et lauréats des grandes écoles et cherchent tout logiquement à garantir une formation de qualité à leurs enfants. Personnellement, je me suis beaucoup renseignée sur d’autres écoles avant de prendre ma décision pour inscrire mon enfant ici», révèle-t-elle.
Comme c’est le cas pour les autres grandes écoles étrangères à travers le Royaume, l’accès à l’école Berchet n’est pas chose aisée. Selon le directeur de l’école Berchet, Jean-Pierre Lugli, les enfants marocains, qui n’ont jamais été scolarisés dans une école française, homologuée en France ou à l’étranger, sont admis sur test-concours. Leur instruction est assurée par des enseignants français dont la majorité compte des titulaires du ministère français de l’Education nationale. Le programme comporte cinq heures d’enseignement de l’arabe par semaine. Et ces cours d’arabe sont dispensés par des enseignants marocains, conformément à une convention signée en 2003 par les deux gouvernements marocain et français. L’inscription à l’école Berchet est coûteuse, surtout pour les parents qui veulent y inscrire plusieurs enfants. Pour M. Lugli, les frais de la scolarité dépendent du niveau auquel est inscrit l’élève. Pour l’enseignement élémentaire, un élève marocain paie 19.200 dirhams. Alors qu’un élève français paie 13.800 DH et un élève étranger tiers doit s’acquitter de 27.200 DH. Malgré, ces gros frais de scolarité, les élèves marocains sont présents partout dans les différents cursus: primaire, secondaire et universitaire. «Les étudiants marocains en France ont atteint le nombre de 30.000 et constituent ainsi le premier contingent d’étudiants étrangers en France. Et le Maroc bénéficie d’un important programme de bourses», souligne M. Lugli.
Les deux établissements d’enseignement espagnols de Tanger, à savoir, l’école Ramon y Cajal et le lycée Severo Ochoa, connaissent, eux aussi un véritable engouement, depuis le début de la décennie 80. La hausse des demandes d’inscription des élèves marocains a d’abord pour origine la proximité de la ville de l’Espagne. Ensuite, il faut souligner que des mesures ont été entreprises par ces deux établissements pour le renforcement et la modernisation de leur système de formation encourageant ainsi de plus en plus de parents marocains à y inscrire leurs enfants. «Comme le nombre de places est limité, nous avons opté pour un concours de présélection pour les élèves de nationalité étrangère. C’est le cas pour les enfants marocains qui doivent passer un test-concours pour accéder à l’école Ramon y Cajal. Les enfants en bas âge passent ce test en présence de leurs deux parents», indique le directeur de l’école Ramon y Cajal, José Manuel Barreiro Viuaneuva.
Créée dans les années 30, l’école Ramon y Cajal compte 468 élèves marocains, 179 espagnols et 14 autres de différentes nationalités. Ils sont répartis dans des classes de 20 à 22 élèves et sont encadrés par 30 enseignants espagnols. L’école a intégré cinq enseignants marocains pour dispenser des cours d’arabe.
Après avoir obtenu leur certificat d’études primaires, les élèves marocains et leurs camarades d’autres nationalités s’inscrivent au lycée Severo Ochoa. Cet établissement connaît, lui aussi, ces derniers temps, une grande affluence d’élèves marocains. «Je suis heureuse pour ma fille qui vient d’être reçue au test-concours pour qu’elle puisse poursuivre ses études secondaires au lycée Severo Ochoa. Elle a dû, auparavant, suivre des cours accélérés de la langue espagnole dans un institut spécialisé. Nous avons, par la suite, engagé un professeur d’espagnol pour l’aider à réviser avant de passer son test. Ses efforts, grâce à Dieu, ont porté leurs fruits», confie Anissa, ancienne enseignante dans un lycée public qui a opté pour le départ volontaire. Son fils aîné devra, lui aussi, fournir de gros efforts pendant cette année 2007-2008 pour passer son examen d’accès aux études supérieures en Espagne. «Il vient d’avoir son baccalauréat dans un lycée public. Ce qui ne lui a pas permis d’accéder à aucune école ou institut supérieur au Maroc. Nous l’avons ainsi encouragé à se préparer pour passer cet examen d’accès à d’autres écoles en Espagne», poursuit- elle.
Quant au lycée Severo Ochoa, il compte 395 élèves, dont 263 sont marocains. Les frais de scolarité sont de 2.500DH pour les élèves espagnols et 8.500DH pour les Marocains. Cet établissement accorde des réductions suivant le nombre des frères ou sœurs poursuivant leur cursus dans ce même lycée. «Pour les nouveaux élèves marocains, autres que ceux ayant reçu leur certificat d’études primaires de Ramon y Caja, ils doivent passer un examen de présélection en langue espagnole, mathématiques et l’une des deux langues : anglais ou français», explique le directeur du lycée Severo Ochoa, Juan Luengo Guerrero, faisant remarquer que «l’établissement dispense une formation de qualité et les élèves marocains sont classés souvent parmi les premiers. La réussite est généralement de 100% pour l’ensemble des étudiants, qui passent un examen de baccalauréat au niveau national. Les épreuves sont ainsi les mêmes pour tous les élèves à travers l’Espagne».
Qu’en est-il, à présent, de l’école américaine de Tanger, American School of Tangier ? C’est la véritable révolution de ces derniers temps. Un nombre record d’élèves marocains y ont choisi de se faire inscrire. L’année scolaire 2007-2008 affiche un total de 331 élèves de différentes nationalités. Les élèves marocains, à eux seuls, représentent un total de 282, soit plus de 90%. Les élèves disent découvrir le pays de l’oncle Sam dès leur première année au sein de cet établissement. «Nous recevons une formation américaine de qualité. Les lauréats ont été admis dans des grandes écoles aussi bien en Europe qu’en Amérique. Ce qui leur a permis de faire de belles carrières», s’enthousiasme un élève de la terminale.
Les nouveaux élèves, quelle que soit leur nationalité, doivent payer 10.000 DH. Les prix dépendent généralement du niveau d’instruction de l’élève. Les Marocains sont les plus avantagés, puisqu’ils paient moins que les autres élèves de différentes nationalités. Par exemple, à la maternelle, l’élève marocain paie 29.000 DH par an, alors que les autres du même niveau doivent verser 48.600 DH/ an. Pour le directeur de l’American School of Tangier, Neven Dragojlovic, «Cet établissement n’est pas fréquenté uniquement par les enfants issus des familles riches. Les parents ont l’habitude d’économiser et de travailler beaucoup pour assurer une bonne formation à leurs enfants. Et c’est le cas pour la plupart de nos élèves».
Eh oui, pour aller plus loin, il faut se sacrifier et cela ne fait pas peur aux parents. Reste à ce que leurs enfants fassent du mieux qu’ils peuvent pour réussir leur année scolaire.

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