Enrico Macias, de Constantine à Casablanca

Quand il évoque son enfance, c’est toujours avec une voix mélancolique, mariant étrangement une certaine fierté d’être un pied-noir et le mauvais souvenir de l’exil dont il a été victime comme tant d’autres Français d’Algérie. Sa jeunesse, il ne peut vous en parler parce que, tout bonnement, il ne l’a pas vécue. « J’ai passé de l’enfance à l’âge adulte sans pouvoir vivre cette transition de jeunesse.
Quand on a grandi dans un climat imprégné de violence et de tension, on ne peut être qu’adulte ! » dit-il évoquant timidement toute la tragédie de la guerre d’Algérie. Et quand il parle de ses racines, c’est encore une fois avec un air altier, mâtiné du charisme de l’homme qu’il est : « Je suis un juif arabe et fier de l’être ». Enrico Macias n’est pas de ceux qui « retournent leurs vestes pour être aimé ». Il est clair comme de l’eau de roche, prône la liberté du choix des cultes et rêve toujours de ce monde idéal de paix où cohabiteraient les hommes issus de toutes les confessions. Un idéal qu’Enrico Macias porte, et pour lequel il milite, à sa manière. En 1980, il a reçu des mains du secrétaire général de l’ONU, Kurt Waldheim, le titre « Chanteur de la paix ».
Cinq ans après, le Premier ministre français, Laurent Fabius, lui remet la Légion d’honneur. Les consécrations se suivent et culminent vers la fin des années 90. En 1997, Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, le nomme « Ambassadeur itinérant auprès de l’ONU chargé spécialement de missions de paix, de fraternité et d’aides aux enfants de tous pays ». La cause humanitaire lui tient tant à coeur qu’il ne peut ne pas vous en parler. Sillonnant le monde, côtoyant, de très près, des gens qui ne connaissent de la vie que cette sombre face de la misère et du manque, Enrico Macias sait de quoi il parle.
Tellement il maîtrise son sujet, connaît les tenants et autres aboutissants des drames humanitaires, le chanteur quitte, sans heurt, le monde des notes et des compositions pour atterrir dans celui des problématiques et des stratégies. La politique est un domaine qui lui plaît, et il y excelle en plus. « Si vous trouvez que mon militantisme pour les causes humanitaires est de la politique, je suis un grand politicien alors ! ».
Ayant un faible pour ces enfants en détresse qui payent chère la guerre pensée et faite par les grands, et ne supportant plus de voir leurs nombres s’accroître, jour après jour, il avance une solution des plus simples, mais qu’il fallait y penser tout de même. Sans barguigner, il affirme que « le plus grand salaud du monde changera d’avis s’il voyait ces enfants mourant de la faim ». Enrico Macias manie aussi bien le verbe que la guitare. Il pense également qu’ être artiste est un métier un peu particulier. En maîtrisant à la perfection les règles de l’art, il assume et assure sa mission. Car il s’agit bel et bien d’une mission qu’Enrico Macias tient à accomplir, sans inoculer des idées pernicieuses ou rendre agréable le goût de la perversion. Fidèle à lui-même, il n’y va pas par quatre chemins et tire à boulets rouges contre ce courant de jeunes chanteurs foulant aux pieds certains principes et idéaux. En donnant l’exemple du trublion et très célèbre Minem, Enrico Macias a du mal à comprendre comment peut-on arriver au succès en chantant des paroles des plus ignobles : « C’est immonde ce que fait Minem. Il veut tuer sa mère, il le clame dans ses chansons, et en plus son tube a rencontré un succès planétaire ! ». Enrico Macias reste perplexe devant cette vague d’artistes qui fait fi de la noble mission de la chanson. Pour lui, un artiste est, avant tout, un homme qui véhicule des sentiments et qui tient à rendre son public heureux. Un artiste est aussi quelqu’un de responsable. Il doit veiller à respecter les gens, sans heurter leurs oreilles. À ce sujet, Enrico Macias est limpide : « Je suis le porte-parole de l’amour ». Enrico Macias aime son travail et l’accompli avec abnégation.
Enfant de la balle, il en parle comme d’un précieux legs qu’il doit perpétuer et grader vivant. D’ailleurs, son fils reste fidèle à la tradition et c’est lui qui a composé le dernier album d’Enrico Macias, « Oranges amères ». « Il s’agit, dans cet album, de l’amertume de la nostalgie bien sûr », explique-t-il. Sincère, il ne cache pas sa souffrance de ne pouvoir vivre dans son pays natal, l’Algérie, : « Dieu m’a tout donné, mais j’ai également des soucis ! ». Ne baissant pas les bras, il a pris sa plume et a couché sur papier ses souvenirs, sa vie et sa carrière dans un récit bouleversant et authentique, « Mon Algérie ». À 66 ans, Enrico Macias est confiant : « Je sais que je vais y retourner, Inchallah ! ». Amen.

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