Entretien avec Amine Jamaï, écrivain : « L’idée d’un super héros marocain est atypique »

Entretien avec Amine Jamaï, écrivain : « L’idée d’un super héros marocain est atypique »

Amine Jamaï vient de publier «Le Général Marocain, la conspiration des ombres». Dans cet entretien, il évoque ses sources d’inspiration ainsi que les messages envoyés à travers son premier roman.

ALM : En plus d’un suspens entretenu tout au long de votre roman, d’un décor et d’un contexte familièrement marocains, on retrouve dans votre récit ce qui fait l’actualité de notre ère (terrorisme, NSA, nouvel ordre mondiale, théorie du complot…).  Qu’est ce qui vous a inspiré lors de votre écriture?

Amine-Jamai-1Amine Jamaï : Il fallait construire des points d’ancrages pour ramener les lecteurs à une réalité actuelle qui permet de crédibiliser le héros. Qu’il y ait des actions qui soient de portée mondiale permettait d’élargir le champ de notre fierté.

Avoir une reconnaissance, de ceux-là même qui nous jugent au plus bas dans leur catalogue de «respectabilité», par ce que nous sommes, ce que l’on représente en terme de race, religion, origines…est une petite revanche en terme d’égo, que je me suis fait un malin plaisir d’écrire.

Je serais plus qu’heureux lorsque émergeront dans notre société, parmi nos enfants, les futurs supers héros qui se hisseront mutuellement les uns les autres par l’envie de s’améliorer, ensemble et d’engager une nouvelle ère, à laquelle je crois et qui devrait être «programmée, planifiée et implémentée», sans états d’âmes, sans compromis, sans calculs.

Si nous devons ne leur laisser qu’un seul legs, que ce soit celui-ci.

Justement dans votre roman, un Marocain sauve l’humanité d’une troisième guerre mondiale. Qu’est-ce qui explique le choix de créer un tel super-héros ?

L’idée d’un super héros marocain est en effet atypique. De mémoire, les seuls marocains, partis de rien, que l’on a adulé, sont issus en grande majorité, du monde des sports. Les autres, ont reçu des ovations à l’étranger dans des domaines que l’on ne valorise pas sous nos cieux… artistes, écrivains, scientifiques.

Localement, ceux qui incarnent la réussite dans les affaires, symbolisée par l’argent, à quelques exceptions près, sont jugés durement, paradoxalement, encore plus durement que ceux qui ont réussi illégalement.

Nous avons excellé à créer le doute dans la reconnaissance de nos pairs. Et ce doute, nous l’avons élevé en art. Aujourd’hui, plus que jamais, nos enfants rayent systématiquement d’un trait, tout modèle de réussite représenté par une femme ou un homme de chez nous. Dans leurs esprits, les héros ne peuvent être qu’étrangers. Pour donner envie à nos enfants de remettre la méritocratie au centre d’un système qu’ils sont appelés à gérer dans le futur, il nous appartient dés à présent de créer le « star système » qui permettrait de souder, unifier et décupler l’envie de nos jeunes à performer. Il n’y aura pas d’effet « intelligence collective » si nous ne leur montrons pas qu’il existe ou existera des Héros marocains, bien de chez nous, altruistes, dignes et profondément soucieux du bien être des autres, et qu’ils pourront prendre en référence, sans chercher à les démolir pernicieusement comme leurs ont appris leurs parents.

Une autre idée est véhiculée dans votre livre : seule une alliance entre les sages des trois religions permettrait de contrer des projets démoniaques apocalyptiques. Pensez-vous qu’une telle solidarité est possible ?

C’est un roman, une fiction et cela reste un vœu pieux. Malheureusement dans la réalité, les projets « démoniaques » sont déjà à l’œuvre.  A la simple lecture des flots de messages sur les réseaux sociaux, il me semble que nous sommes en passe d’atteindre un nouveau point culminant de haine diffuse, gonflée d’amalgames et de convictions erronées de part et d’autres, outre méditerranée, outre atlantique… Les personnes les plus ouvertes d’esprit, musulmanes, chrétiennes ou juives que je connais, deviennent les chantres de la défense de leurs propres valeurs cultivant le « zéro tolérance ». Les peuples sont en train de se monter les uns contre les autres, le droit à la différence est conspué. Cela fait longtemps que les vrais religieux ne sont plus entendus dans ce brouhaha. Nous allons finir par nous haïr et c’est tout le contraire de ce que véhicule nos religions. A qui cela profite-t-il ?

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