Entretien avec Noureddine Amir, couturier : «Les vêtements peuvent être une œuvre d’art»

Entretien avec Noureddine Amir, couturier : «Les vêtements peuvent être une œuvre d’art»

J’ai une nature assez timide. Il faut vraiment arracher des choses de moi quand je parle. Par rapport à mon travail, je suis une personne qui a besoin de moments de création parce que c’est la chose la plus importante de ma vie.

Lorsque la porte d’une salle d’exposition, au musée Yves Saint Laurent à Marrakech, relevant de la Fondation Jardin Majorelle, s’ouvre à vous sur un espace peu illuminé, sachez que vous serez, jusqu’au 22 avril, guidé par d’autres lumières. Celle dégagée par «Les robes sculptures» du couturier Noureddine Amir et celle d’un éclairage conçu pour l’occasion. Un échange, jeudi dernier lors d’un pré-vernissage avec l’artiste, permet de déceler les secrets de l’éclat de ses œuvres. 

ALM : Le tour de votre exposition laisse voir que vous recourez à différentes matières. Pourquoi un tel alliage ?   

Noureddine Amir : En fait, j’ai une relation qui est assez forte avec la matière. Depuis petit, je jouais avec les matières. Ma mère faisait les tapis et je jouais avec la laine. Avant de passer à mes créations, je crée la matière d’abord. C’est celle-ci qui me guide à des formes. Quand j’étais à l’école ESMOD, normalement on dessine un modèle et le réalise. Dans mes œuvres, il y a du raphia, de la laine et de la soie, bref, toutes les matières brutes mêlées à celles précieuses.

   

Pourriez-vous nous expliquer le choix des robes ?

Je crois que je suis artiste quelque part. La mode est un domaine que j’aime. Mais, c’est à travers celle-ci que je m’exprime et fais des choses qui me tiennent à cœur. Pour moi, les vêtements peuvent être une œuvre d’art. Quand les gens voient les robes, lors des expositions que j’ai déjà faites, ils ont l’impression qu’elles sont à porter. Cependant, ils disent qu’ils ne peuvent pas les porter. Je suis conscient de cette histoire.

A qui destinez-vous donc vos créations ?

Tout simplement, j’ai deux lignes. Celle de prêt-à-porter, en premier lieu ; là où je fais des choses avec un peu de plaisir. En deuxième lieu je fais des choses sculpturales. C’est cette ligne que j’ai choisie. Quand  je fais des choses qui touchent un peu l’art, je ne pense pas à qui va porter cela. C’est-à-dire l’idée vient en sachant que personne ne va porter cela. Je le fais parce que j’ai un besoin de le faire. Un besoin qui vient de l’intérieur.

Certaines robes que vous exposez portent une brillance. Cela donne l’impression qu’elles sont de soirée…

Ce n’est pas destiné à des occasions déterminées. C’est un développement d’un travail parce que je suis parti par le brut, des matières comme le raphia. L’exercice consistait à donner à cette matière une présence, voire une élégance parce qu’une matière comme le raphia est négligée. Donc j’ai essayé de mettre ces matières brutes en avant. A un moment donné j’ai créé un tube en organza et de soie entre autres. A l’intérieur, je mets d’autres matières comme la laine et tout ce que je trouvais. Toutes les matières sont d’autant plus locales. Je ne cherche pas les matières ailleurs. Il faut que cela soit d’ici. C’est très important pour moi. C’est ce qui m’a poussé à créer la matière. Je me suis toujours dit qu’on peut faire des choses d’ici. Autour de nous il y a plein de choses intéressantes qu’il suffit juste de développer.                    

Il n’est pas évident de se faire exposer dans un tel musée. Comment vous a-t-on déniché ?

C’est Pierre Bergé. J’avais fait une exposition à Paris dans le cadre de «Maroc contemporain» à l’Institut du monde arabe. Un des commissaires a vu mon travail. Alors j’ai donné mes vêtements sans être à l’exposition. Pierre Bergé a par hasard vu le travail. C’était le point de départ.

Est-ce à dire que vous avez déjà exposé ces œuvres ?

En fait c’est pour la première fois que j’expose ces œuvres au Maroc. Mais cette exposition était déjà à Paris à la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent à Paris. Par contre il y a de nouvelles pièces cette année. A Paris, de nombreux gens sont venus. Pour 4 semaines d’exposition, nous avons eu 5.000 visiteurs.    

Comment serait Noureddine Amir dans la vie de tous les jours?

J’ai une nature assez timide. Il faut vraiment arracher des choses de moi quand je parle. Par rapport à mon travail, je suis une personne qui a besoin de moments de création parce que c’est la chose la plus importante de ma vie. Cette période de création me donne l’envie d’exister. Je ne parle pas d’exposition mais juste de travail. Si je ne le fais pas au moins une fois par an, rien ne compte. C’est au moment où je commence à  créer que je sens que je vis.       

Qu’est-ce qui peut vous inspirer pour créer ?

Que la musique. Bizarrement des voix de femmes avec des souffrances. Si j’ai un morceau de musique je le mets en boucle pendant un mois. Mais spécialement des musiques qui me touchent, me donnent des frissons et je sais que je peux travailler là-dessus.

Quel regard portez-vous sur la mode au Maroc ?

Je n’ai jamais été attiré par la mode en général. Un vêtement peut durer pour moi. J’adore faire des choses qui ne sont pas liées avec le temps ou une période. C’est ma démarche par rapport à la mode.

Le 1er Marocain à être exposé par la fédération de la haute couture et de la mode française

Selon Björn Dahlström, directeur du musée Yves Saint Laurent à Marrakech, la valeur ajoutée de cette exposition est de montrer le grand travail, produit au Maroc, d’un grand artiste. D’après ses dires, Noureddine Amir est invité à défiler l’été prochain par la fédération de la haute couture et de la mode française, qui est la plus grande institution. «C’est le premier Marocain à le faire», précise le directeur.

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