septembre 25, 2018

 

Espaces culturels : Un intérêt grandissant pour les cafés littéraires

Espaces culturels : Un intérêt grandissant pour les cafés littéraires

Les cafés littéraires poussent comme des champignons au Maroc. Après l’ouverture de plusieurs espaces du genre, d’autres verront bientôt le jour.

Ce foisonnement incite à s’interroger sur la fréquentation de ces endroits. Le public s’intéresse-t-il vraiment à ces salons ? Ces espaces accomplissent-ils vraiment leur mission culturelle ? Existe-t-il des cafés littéraires en bonne et due forme ?

Difficile de trouver des cafés à caractère culturel

Au-delà des espaces clos, les cafés littéraires sont, comme le précise Noureddine Aqchani, président du réseau des cafés littéraires au Maroc, une ouverture sur les espaces culturels afin de contribuer au rayonnement culturel. Selon  M. Aqchani, qui annonce l’ouverture bientôt de deux nouveaux cafés à Agadir et Bouznika, «cette nouvelle culture draine un public qui n’est pas habitué à la lecture». Ce public ne fréquente pas, comme le rappelle le président, les espaces clos. C’est pourquoi, ce réseau est, d’après ses dires, «une bouffée d’oxygène culturelle pour les habitués des cafés et les passionnés de lecture». M. Aqchani ne manque pas de s’exprimer sur la difficulté à trouver un café littéraire à caractère culturel. «Certains gérants refusent de vivre cette expérience. D’autres nous demandent de louer leurs espaces ou d’augmenter le prix des boissons», précise-t-il. Malgré ces comportements, il existe, selon le président, des gérants de cafés qui sont de bonne volonté. Ceux-ci acceptent d’abonder dans le sens de cette aventure culturelle ; leur niveau intellectuel aidant. A ceux qui estiment que le concept des cafés littéraires est étranger M. Aqchani répond : «la propagation de l’acte culturel n’a rien d’étranger ou local. Cela dépend plutôt de l’évolution des élites et des acteurs».

Pour lui, cette expérience est plutôt «tardive» dans le monde arabe. L’Egypte, la Tunisie, l’Irak et la Syrie étant pionniers. Au Maroc, l’union des écrivains du Maroc a déjà mené, comme il le rappelle, l’expérience dans les années 80 notamment dans les villes de Casablanca au café Balima et Rabat au café 7ème art entre autres. «Cependant, ces cafés n’ont pas duré dans le temps de par le manque de moyens et de prise de conscience du concept», évoque-t-il.

32 cafés littéraires en 3 ans

L’expérience du réseau des cafés littéraires au Maroc a, quant à elle, duré dans le temps. Selon M. Aqchani, elle a été initiée depuis 2002 pour se poursuivre jusqu’à 2014, dans un ancien cadre associatif, à savoir l’Association Achouâla au quartier Yaâcoub Al Mansour. L’ouverture ayant été faite par l’ex-ministre de la culture, Mohamed El Achaâri. «Après quoi, nous avons créé un réseau de 7 cafés à partir de juin 2015 pour atteindre  le nombre de 32 après 3 ans», détaille le président du réseau. Ainsi, cette structure a créé le café «Moments de culture» à Tanger, «La liberté» à Larache, «L’opéra» à Saïdia, «Michel Joubert» à Meknès et « Ennasim» à Taounate entre autres. Le réseau a également créé des cafés littéraires à Tamesna et Tifelt. «Notre café littéraire «Mamounia» à Sidi Yahia El Gharb est l’un des plus actifs», enchaîne-t-il. Aussi, le café «Saphir Palace» dans la ville de Kénitra abrite un café littéraire relevant du réseau qui a également investi le salon «Akwass» à Abi Jaâd. Cette structure a, de plus, initié le café littéraire «Asmar Mogador» à Essaouira et un autre salon à Zagora. De même, le réseau a animé le café «Nice» à Fqih Ben Saleh. Il a même organisé des salons littéraires dans le milieu rural, notamment à Bir Mezoui (Khouribga). De surcroît, un café littéraire a été investi à Jrada et un autre appelé «L’optimiste» a été organisé à Témara. Outre ces cafés, le réseau a organisé 2 rencontres nationales. «Nous nous préparons pour les années à venir. Nous organiserons également des rencontres à Khemisset et Sidi Yahia El Gharb», ajoute le président. Par l’occasion, il ne manque pas de mettre l’accent sur l’absence de soutien tout en rappelant le partenariat noué en février dernier avec le ministère de la culture. Et ce n’est pas tout ! Rabat n’est pas en reste. Le réseau a organisé un salon littéraire au café relevant du théâtre Mohammed V. «6 rencontres y ont été organisées après accord avec le théâtre», précise M. Aqchani.

Toute proposition intéressante est la bienvenue

Au café théâtre de Rabat, relevant du théâtre national Mohammed V, toutes les propositions intéressantes sont, selon Mohamed Amrani, un responsable rencontré sur place, les bienvenues. Dans ce café, des activités, à l’instar des cérémonies de signature, sont, selon ses dires, organisées au moins une fois par semaine ou par quinzaine. Déjà, l’espace a  reçu des poètes et des artistes comme le précise M. Amrani qui indique également que de telles activités permettent «de drainer des clients». Le responsable met également l’accent sur l’intérêt de l’activité organisée et de l’étroite collaboration avec le théâtre. A propos du concept des cafés littéraires qui gagne du terrain, il indique que cette propagation est due à «l’esprit des Marocains qui s’épanouit». «Cependant bien que certains cafés littéraires soient ouverts, ce n’est pas une ambiance purement culturelle qui y règne», précise-t-il.

Si, en effet, certains cafés littéraires accomplissent bien leur mission répondant à cette dénomination, d’autres portent la seule appellation de café littéraire et abritent d’autres activités qui n’ont rien de culturel.

Regards divers et florilège d’expériences

Outre les cafés littéraires précités, d’autres ont également vu le jour. C’est le cas de celui de Témara créé par un groupe d’amis présidé par Mohamed Addouni. Le président qui se félicite de son expérience estime que «les cafés littéraires contribuent au développement culturel que ce soit sur le plan local ou national». Ces cafés sont, selon ses dires, destinés à créer des espaces culturels en tant qu’alternative à ceux traditionnels. «Leur particularité étant la proximité du citoyen brisant ainsi l’élitisme en culture», enchaîne M. Addouni. A son sens, ces cafés mettent fin à la «paralysie» culturelle qui régnait sur certaines expériences précédentes connues de salons littéraires. «L’acquis le plus important de ces cafés c’est leur concept consistant à faire sortir l’acte culturel des espaces clos vers ceux publics», poursuit-il. Pour lui, ce concept n’est ni étranger ni authentique. Il s’agit plutôt, à ses yeux, d’une continuité, voire une évolution de l’acte culturel marqué par son caractère commun avec les autres cultures de par le monde en préservant les particularités locales que ce soit en termes de forme ou contenu. Aussi, ces espaces culturels encouragent, selon ses dires, à la lecture à travers la création de «-bibliothèques symboliques-» au sein des cafés ou l’organisation de cérémonies de signature des œuvres d’écrivains et poètes.

Au-delà de ces espaces, notre tour nous a également amenés vers «Dar Nouiga». Cette galerie d’art, relevant du ministère de la culture, à la casbah des Oudayas à Rabat, abrite également un café littéraire. Un responsable rencontré sur place a plutôt plaidé pour le caractère étranger des cafés littéraires. Quelles que soient les perceptions, le concept des cafés littéraires ne cesse de susciter l’intérêt au Maroc puisque nous assistons constamment à la création de nouveaux espaces qu’ils soient ouverts ou clos. L’objectif de leurs initiateurs étant d’inciter à la lecture. C’est le cas du café littéraire féminin Arrabwa organisé en fin de chaque mois. Le but ultime de son initiatrice, Khadija Chaker, étant d’encourager les femmes qui y prennent part à la lecture. De quoi intéresser à cet acte censé être quotidien.

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