Essaouira en effervescence

Ils arrivent par petits groupes de toutes les régions du Maroc. Ils viennent d’autres pays, précisément pour Essaouira. Ils sont majoritairement jeunes, et le miracle de ce public, c’est qu’il sait entretenir une frontière entre la dépense et le débordement. Les jeunes se dépensent dans la fête, mais sans les excès, rixes ou accidents qui altèrent, parfois, les manifestations à grand public. L’année dernière, près de 220 000 personnes, dont 10 000 étrangers, se sont déplacées à Essaouira pour le Festival gnaoua, musiques du monde. «Cette année-ci, l’on s’attend à un plus grand nombre de visiteurs», précise Neila Tazi, directrice du festival. La meilleure réussite de cette manifestation est sans doute son public composite. Le Festival gnaoua d’Essaouira n’élimine aucune classe de la société marocaine. La barrière de l’argent est inexistante, dans la mesure où les concerts sont gratuits. Par ailleurs, l’édition de cette année intervient peu de temps après les attentats du 16 mai. «Aucune défection n’a été enregistrée de la part des artistes invités», affirme Neila Tazi. Bien au contraire, de grands artistes, qui n’étaient pas annoncés au début de la manifestation, seront présents à Essaouira. C’est le cas du bluesman nigérian Keziah Jones qui donnera deux concerts. Keziah Jones mêle le blues, la soul et le funk pour créer un style propre dans la lignée des Ben Harper ou Lenny Kravitz. Largement influencé par la personnalité politique et morale de Fela, et par le jeu de Jimi Hendrix, il a signé au premier essai un disque-manifeste «Blufunk is a fac».
Ce premier opus est un joyau de blues acoustique, de R & B et de funk. «Africa Space Craft», son deuxième album, est sorti en 1995. Keziah Jones y évoque les problèmes de l’artiste africain contemporain. Il a sorti en 1999 l’album «Liquid Sunshine». Et depuis, il n’a rien enregistré jusqu’en 2003 pour signer son come-back avec un album imprégné d’Afrique : «Black Orpheus». Keziah Jones se produira à deux reprises à Essaouira. Une première fois, le jeudi 26 juin à 21h 30, en compagnie de maâlem Abdelkbir Marchane.
Une deuxième fois, seul, le samedi 28 juin. Keziah Jones n’est pas l’unique tête d’affiche internationale du festival d’Essaouira. Paolo Fresu, l’excellent trompettiste italien, sollicité par tous les grands festivals de jazz dans le monde, jouera à Essaouira. Depuis son premier album, enregistré en 1985, il n’a cessé de développer une sonorité, toute en sourdine et en contrastes, qui fait apprécier son jeu partout. L’autre grand musicien international, très attendu, est le guitariste vietnamien Nguyen Lê. 
Cet artiste est considéré comme l’un des musiciens les plus représentatifs de la world music. Au grand dam des puristes du genre gnaoui, la présence des artistes internationaux soulignera plus que jamais le concept fondateur du Festival gnaoua d’Essaouira: la fusion. C’est un choix ! Les amoureux de la musique gnaouie, sans interaction avec d’autres genres, pourront se consoler avec un concert exceptionnel.
Les maâlems Mahmoud Guinea, Bakbou, Hamid Kasri, Abdesllam Alikan et Abdelkbir Marchane vont se produire, pour la première fois, ensemble sur scène!
Le festival gnaoua d’Essaouira n’est pas seulement affaire de concerts, mais également de colloques et d’expositions d’œuvres plastiques. Les colloques de l’édition précédente ont rassemblé des chercheurs qui se sont penchés sur la problématique de développer une ville par le truchement de la culture.
Quant aux œuvres plastiques, le public sera surpris par la présence de grandes photos, de trois mètres, accrochées tout au long des remparts. Il s’agit de reproductions gigantesques de vielles cartes postales représentant des gnaouas. Ce public sera également étonné de la présence de monumentales sculptures en pierre, réalisées dans le cadre du symposium international, initié par l’artiste Ikram Kebbaj. La plage de la ville lui dispensera également un grand moment de joie. Les autorités l’ont éclairée. Ce qui promet au public des nuits sans noir et quelques jours interminables.

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