Événement : Éditorial : La créativité bureaucratique

A l’ère de la mondialisation des cultures, de l’effervescence des chaînes satellitaires dédiées à la chanson, de l’Internet et partant du piratage à outrance, il est choquant d’entendre une poignée d’artistes tenir un langage, pour le moins qu’on puisse dire, chauvin et xénophobe. Ça ne se passe pas dans le pays de "l’idole des jeunes", mais bien chez nous, au Maroc.
Le Syndicat Libre des Musiciens Marocains (SLMM) condamne, revendique et monte toute une mayonnaise contre 2M qui boycotterait ses activités.
Il ne s’agit pas de défendre, ici, la chaîne de Aïn Sebaâ. Mais  SLMM doit sérieusement revoir ses cartes.
A part un ou deux chanteurs-compositeurs, que produisent nos artistes? La chanson marocaine traverse la crise la plus grave de son histoire. Les mélomanes sont de plus en plus frustrés par la pauvreté de la productivité de nos artistes. Même la génération montante des chanteurs a du mal à percer. Pourtant, les belles voix ne manquent pas. Au contraire, les jeunes sont nombreux à vouloir "se lancer dans la chanson".
En fait, le talent et la volonté doivent, impérativement, être accompagnés par un bon compositeur et un parolier ingénieux. C’est là où le bât blesse. Après la disparition des Amer, Sekkat et Rachdi, la chanson marocaine a entamé sa descente vers la médiocrité. Une chanteuse comme Latifa Raefat n’a plus rien produit depuis la mort de Abdelqader Rachdi. Même constat pour Naïma Samih, l’une des plus belles voix que le Maroc a connues. Et la liste est longue. Nos artistes ne semblent pas être conscients que le monde bouge. Les goûts sont synonymes de mode.
Ceux ou celles qui se sont dirigés vers le Caire sont devenus des stars dans le monde arabe. Il est vrai que cette immigration est devenue nécessaire pour atteindre la gloire à l’échelle régionale. Mais rien n’empêche nos artistes de faire un tabac dans leur pays. Encore faut-il qu’ils se retroussent les manches. Cela implique un changement de mentalité. En termes clairs: l’assistanat des artistes doit cesser une fois pour toutes. Le chanteur doit s’imposer auprès du public par son aspect physique, sa voix, les paroles de ses chansons et non pas en quémandant une subvention au ministère de la Culture ou un bref passage sur les plateaux de télévision.
L’exception culturelle n’est qu’un prétexte à la paresse et à l’immobilisme. Une fuite en avant. La chanson, pour le bien des yeux et des oreilles, doit subir l’impitoyable loi du marché. Celle de l’offre et de la demande.
A l’état actuel des choses, on ne peut même pas exiger des médias nationaux un quota pour la chanson marocaine. Cela risquerait d’avoir l’effet contraire. Imposer aux téléspectateurs marocains un spectacle de mauvaise facture artistique c’est les offrir sur un plateau d’argent aux chaînes numériques, telles que Mazzika, Melody ou ART.
En recensant le nombre de véritables musiciens qui y adhèrent on pourrait ne pas trouver un seul créateur. La création artistique s’est bureaucratisée. Elle ne peut être par conséquent que lourde comme l’Administration.

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