Exil de l’auteur de Gomorra, menacé de mort par la mafia

«Je quitterai l’Italie, au moins pour un certain temps, ensuite on verra», a-t-il annoncé mercredi dans La Repubblica (gauche). Ce sont de nouvelles menaces de mort qui l’ont conduit à prendre sa décision mais celles-ci ont été démenties mercredi par leur auteur présumé, un repenti du clan des Casalesi, selon le parquet de Naples (sud), cité par l’agence Ansa. Le parquet n’en continue pas moins son enquête sur la façon dont cette information, largement reprise par toute la presse italienne, a été diffusée, a précisé l’Ansa. On ignore si ce démenti influencera la décision de l’écrivain-journaliste qui vit sous protection policière depuis deux ans en raison de ses enquêtes contre la mafia napolitaine dont il a tiré son livre.
«Que le succès aille se faire voir ailleurs (…) Je veux une vie, je veux une maison. Je veux tomber amoureux et boire une bière en public. Je veux prendre le soleil, marcher sous la pluie et rencontrer sans peur ma mère. Je veux rire et non parler de moi comme si j’étais un malade en phase terminale», confie-t-il dans une longue lettre à La Repubblica, quotidien auquel il collabore.
Le livre de Saviano, une plongée dans l’empire de la mafia napolitaine avec ses trafics, ses chefs, nommément cités, et ses clans, a rencontré un succès inattendu avec plus d’1,2 million d’exemplaires vendus en Italie depuis sa parution en 2006. Traduit en une quarantaine de langues, il a été adapté au cinéma et a obtenu le prix du jury au dernier festival de Cannes avant d’être choisi pour représenter l’Italie aux Oscars. Selon Wlodek Goldkorn, chef du service culturel de l’hebdomadaire L’Espresso auquel Saviano collabore, la mafia a tué des journalistes mais «c’est la première fois qu’un écrivain doit quitter l’Italie à cause» du crime organisé. «C’est un scandale pour l’Italie. Salman Rushdie (visé par une fatwa iranienne à la suite de son livre les «Versets sataniques») était menacé de l’étranger pas de l’intérieur. Gomorra est une victoire du courage et de la culture contre la mafia mais ce départ est une défaite de l’Etat», a-t-il ajouté.Un jugement qui fait écho à celui du grand écrivain italien Antonio Tabucchi. La mafia a la «mainmise sur l’Italie», a-t-il déclaré à l’AFP, regrettant une «victoire très triste» du crime organisé.
Ami de Saviano, le journaliste de l’agence Ansa, Lirio Abbate, est lui aussi protégé en permanence depuis la parution en 2007 de son livre dénonçant la collusion entre les mafiosi siciliens et les hommes politiques («Les complices»). «Je le comprends car je vis la même situation bien qu’avec moins de pression. Moi, je trouve refuge auprès de ma famille mais lui est seul», confie le journaliste (37 ans). Dans sa lettre à La Repubblica, le jeune écrivain au crâne rasé raconte le «lâchage» de ses amis qui «n’en peuvent plus de le défendre, lui et son livre maudit» et ses tentatives de trouver un appartement que personne ne veut lui louer dans une région où il est né. «Saviano est devenu le symbole de la lutte contre la camorra. J’espère que ce départ sera une parenthèse. J’aimerais que tous ceux qui ont acheté le livre descendent dans la rue pour exprimer leur solidarité et lui demandent de rester», conclut Abbate. Saviano a pris sa décision malgré de nombreux soutiens, du chef de l’Etat Giorgio Napolitano à l’archevêque de Naples, Mgr Crescenzio Sepe, en passant par les ténors de la droite et de la gauche.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *