Exposition à l’Institut du monde arabe à Paris : Le Maroc est une exception

Exposition à l’Institut du monde arabe à Paris : Le Maroc est une exception

Jusqu’à la mi-décembre 2014, l’exposition «Le Maroc contemporain» qui se tient à l’Institut du monde arabe, a déjà battu un record. 140.000 visiteurs pour une exposition d’art contemporain, c’est du jamais vu. Et pour un pays étranger en France, c’est encore une exception. Il faut dire qu’en France en 2014, c’est un peu l’année du Maroc. Une exposition au Mucem de Marseille, une autre au musée du Louvre et l’IMA qui rend hommage à la créativité marocaine, toutes tendances confondues : peinture, sculpture, arts vidéos, tissages, mode, installations, BD, littérature et arts plastiques.

Mais concentrons-nous d’abord sur la visite guidée de l’exposition «Le Maroc contemporain» qui s’étend sur 2.500 mètres carrés.  On ouvre le bal avec Abdelkébir Rabii, normal. Il faut y voir un double signe. D’abord la gage de l’amitié qui lie Rabii à Moulim El Aroussi, le commissaire de cette exposition. Ensuite, c’est un peintre qui a donné à l’abstraction une signifiance aiguë et intemporelle. Puis suit Farid Belkahia avec un mur dédié au défunt artiste. Au bout des cimaises, la main, la grande main, ouverte, comme un signe. Un salut de l’artiste et un adieu pour laisser place à de nouvelles forces montantes.

Au fil de l’espace immense dédié à cette messe de l’art marocain, on tombe sur des valeurs sûres : Ben Cheffaj, Tebbal,  Mounir Fatmi, Yassine Belbzioui, Soumia Jalal Mikou, Noureddine Amir, qui offre des modèles de costumes d’une rare beauté, des magnifiques sculptures dignes d’un grand couturier qu’il est. Suivent d’autres noms, d’autres découvertes. Mohamed Elbaz ou encore Mohamed Arejdal, ce jeune artiste qui a une histoire magnifique à raconter sur sa tentative de passer clandestinement en Europe via les Canaries, qui a été refoulé et qui a repris le chemin de son village dans le Sud  en marchant de Nador, à pied sur des centaines de kilomètres. Le tout est raconté dans une BD superbe, drôle et poignante. D’ailleurs, pour la petite histoire, après des études à l’école aux Beaux- Arts de Tétouan, ce jeune prodige a entendu parler d’une manifestation culturelle au Sénégal. N’ayant pas d’argent pour y participer, il va marcher, rien que cela, de chez lui à Dakar, en traversant la Mauritanie.

D’autres nouveaux visages incarnent ce nouveau regard d’un Maroc en mutation, un Maroc sans complexe où l’art devient une véritable institution pour créer, générer des idées fondatrices d’un futur différent/ Pour le grand spécialiste de l’art marocain, Jean-Hubert Martin, qui est aussi commissaire de cette exposition,  «un mouvement est né avec l’arrivée du roi Mohammed VI, redynamisé par les printemps arabes, et dans lequel se sont engagés beaucoup d’intellectuels et de jeunes: c’est la nayda, qui veut dire renaissance. Nous avons voulu en rendre compte à travers cette exposition».

Et on le voit à travers des oeuvres diverses où l’audace le dispute à la volonté de libérer la créativité de certains boulets. D’ailleurs il y a tout un pavillon dédié au corps, au nu, avec des photographies fortes qui en disent long sur le rapport des Marocains à la liberté. Pour Moulim El Aroussi, commissaire général associé de l’exposition, cet événement a été crucial pour mettre en avant de nouvelles approches des arts marocains, toutes tendances confondues:  «Cette collecte nous a révélé que les jeunes sont très préoccupés par les transformations de la société. Ils se préoccupent très peu de l’écologie, mais beaucoup de la religion, du corps et de ses tabous ou de la politique, en particulier des problèmes qui bloquent le passage vers une vraie démocratie. Les œuvres montrent que nous sommes dans une société traditionnelle qui mute et se heurte à la modernité». Ce choc entre hier et demain passe par un présent où le Maroc donne naissance à une myriade d’artistes, entre musiciens, plasticiens, vidéastes, écrivains, photographes… qui portent un regard sans concession sur leur pays, qui en définissent les contours d’aujourd’hui en laissant entrevoir de quoi demain sera fait.

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