Extraits du livre de Simon Lévy

«L’action sioniste a trouvé un terrain préparé, d’abord parmi les laissés pour compte de la colonisation, appauvris et séparés de leur «terroir» natal. L’acculturation au français a favorisé un courant d’émigration vers la France et le Canada. A une échelle plus restreinte, l’Espagne et l’Amérique Latine ont reçu leur quota d’émigrants. Les retombées des guerres israélo-arabes ont fait le reste. La communauté juive marocaine s’est disloquée, en des crises successives, en une nouvelle diaspora qui a exporté avec elle une part de notre culture, qui évolue actuellement en terre étrangère, entre la nostalgie, la résistance et l’acculturation… Il reste au pays un héritage, historique – ce qui a été produit au fil des siècles – ou vivant. Il reste aussi la communauté mère, fortement diminuée, avec ses familles dispersées, mais qui vit sur le sol national, dans la jouissance de ses droits civiques marocains et de sa spécificité juive (…). Aux 15ème et 16ème siècles, le Maroc était terre d’asile pour les exilés des deux religions chassés de la péninsule ibérique. Aux 17ème et 18ème siècles, les persécutions religieuses étaient encore courantes en Europe et Louis XIV lançait ses dragons contre les protestants (…) En même temps, apparaît une nouveau racisme «idéologique», aux prétentions «scientifiques», sur fond de vieil anti-sémitisme chrétien. Il se développe dans les «Empires centraux», n’épargne pas la France avec l’affaire Dreyfus. En Russie tsariste, le pogrom reste un moyen classique de détourner le mécontentement populaire. Rien de tel au Maroc, qui n’en est pas encore à la démocratie occidentale, mais, dans son effort de mise à jour, introduit une réelle amélioration du statut juridique de la minorité juive. Une vie commune ancestrale n’a créé aucun anti-sémitisme idéologique.»

Simon Lévy
«Essais d’histoire & de civilisation judéo-marocaines»

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