Fadwa la résistante

Fadwa la résistante

Le peuple palestinien est en deuil après le décès de la poétesse Fadwa Toukan. Un coup dur pour ce peuple pourtant habitué au deuil. Mais cette perte-là a été tristement ressentie. A commencer par le chef de l’Etat, Yasser Arafat, les membres du gouvernement, le ministre de la Culture en tête et les différents organes de presse palestiniens. Tous ont présenté leurs condoléances à la famille de la défunte la qualifiant de « grande poétesse de la Palestine ». En effet, les Palestiniens se sont toujours retrouvés dans les écrits et vers de cette grande dame de la poésie arabe, dont la vie, à l’instar de celle de ses compatriotes, a toujours été sous le signe de la résistance. «Mon histoire, c’est l’histoire de la lutte d’une graine aux prises avec la terre rocailleuse et dure. C’est l’histoire d’un combat contre la sécheresse et la roche », disait-elle dans son autobiographie le «Rocher et la Peine». Même avant de venir au monde, Fadwa a appris comment résister à une vie de plus difficile. C’est qu’elle est le fruit d’une grossesse indésirable. Comme elle l’a souvent relaté, sa mère a longtemps essayé de se débarrasser de ce septième enfant qu’elle ne voulait pas. Ce dernier a tenu bon et est venu au monde dans une famille très conservatrice de Naplouse. C’était en 1917. Quelques années plus tard, la jeune Fadwa, en intégrant l’école, a voulu brandir très haut l’étendard de la liberté. Mais entre père despote, mère soumise, milieu familial ultra-traditionnel, la jeune fille a vite étouffé ses ambitions. Elle était interdite d’école pour le seul motif d’avoir aimé un camarade de classe. Interdite d’aimer, elle est tombé amoureuse de la poésie, son frère Ibrahim ayant guidé ses premiers pas dans ce domaine. Et Dieu a fait que cette histoire d’amour a duré de longues décennies, une vie artistique de plus de 50 années. Dans ses poèmes, Fadwa Toukan a chanté la nature, l’amour, la solitude, la tristesse. Mais la plus grande partie était vouée à la cause de son peuple, dont elle a vécu les plus grandes étapes historiques du 20ème siècle. La poétesse a connu la Palestine sous mandat britannique, la création de l’Etat d’Israël, l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et l’autonomie palestinienne. Sa poésie raffinée relatait la lutte d’un peuple dépossédé de sa terre et de sa liberté et la cruauté de l’occupation et ses agissements. Fadwa Toukan y a dit sa souffrance et son espoir en une paix durable. Dans « La Nuit et les Cavaliers », l’un de ses plus célèbres poèmes, cette grande dame a dit : « II me suffit de mourir dans mon pays, d’y être enterrée, de m’y dissoudre et m’anéantir ». Son voeu s’est donc réalisé. Fadwa Toukan est morte en Palestine et c’est cette même terre-là qui l’a accueillis. Elle était la voix de la Palestine. La voix s’est éteinte. Mais la Palestine ne l’oubliera jamais.

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