Faten Safieddine : «Je me sens moi-même mosaïque de plusieurs civilisations et cultures»

Faten Safieddine : «Je me sens moi-même mosaïque de plusieurs civilisations et cultures»

ALM : Après plusieurs expositions en groupe, vous exposez individuellement. S’agit-il d’un désir de présenter ou de mettre en évidence une nouvelle expérience ou la création de votre propre modèle ?
Faten Safieddine : Cette exposition personnelle regroupe pour la première fois dans un même lieu, celui de la galerie Nadar à Casablanca, les différents modes d’expression artistique que j’ai expérimentés au cours des années : photographie, dessin, installations, sculpture, vidéo-art, performance et lecture de textes poétiques. C’est un même discours, la même quête, décliné sous différentes formes et illustré à travers différents médias. En ceci je peux dire que toutes les œuvres présentées dans «Metamorphosis» forment une seule œuvre polyvalente qui me ressemble. Car je me sens moi-même mosaïque de plusieurs civilisations, cultures, influences. Me réduire à une seule de mes expressions m’ampute de tous mes autres possibles.

Comment avez-vous opté de travailler sur l’image comme matière d’expression artistique ?
Je suis de formation artiste-peintre. En 2007 j’ai été amenée à la photographie artistique grâce à mon premier téléphone portable muni de caméra. Il était devenu tellement facile et rapide de capter des images partout et à toute heure. Les effets de pixellisations des images d’ombre, donc sous-exposées, m’ont interpellée par leur côté plastique «pointilliste» et «impressionniste». En travaillant ces premières images captées par le portable sur ordinateur, j’ai découvert que je pouvais désormais peindre, dessiner, faire des gravures, avec juste un appareil photo et un ordinateur. Une vraie délectation ! Depuis je n’ai cessé d’explorer les possibilités techniques de la photo numérique.

Du Film «La Chrysalide» à l’exposition «Métamorphosis», vous nous ramenez de l’image en mouvement à l’image fixe en utilisant toujours les thèmes des ombres et des reflets, s’agit-il d’un nouveau choix artistique?
Je ne me contente plus de capter la lumière ou de pourchasser les ombres fugaces qui sollicitaient mon regard auparavant et qui avaient donné naissance à mes premières photographiques intitulées « Ombres ». Désormais, J’extrais mes images fixes de mes propres films vidéos, eux-mêmes retravaillées par différents procédés et techniques manuelles ou numériques. Le film originel «La Chrysalide» est devenu depuis «Chrysalides de Lumières» présenté à la 4ème Biennale internationale de Marrakech, une vraie matrice et une source inépuisable d’images et d’œuvres photographiques et d’installations.

Tous les intitulés de vos travaux symbolisent le changement, « La Chrysalide », « Métamorphosis », en plus de la production en continu d’images et d’ombres, que reflète tout ceci ?
C’est une conscience aiguë, surtout depuis le décès en 2004 de ma mère Yassar Nehmé qui était elle-même artiste calligraphe, de l’impermanence de toute chose et de l’implacable loi du changement.  Selon les bouddhistes, la seule chose qui ne change pas dans l’univers est bien le changement. Et qui dit changement, dit évanescence. L’ombre et la lumière sont l’expression même de l’insaisissable et illusoire nature des choses et des êtres qui paraissent différents selon l’éclairage, matériel ou symbolique, dans lequel nous les percevons, à un moment de notre vie.

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