Fatoumata : Le bonheur d’une comédienne

Fatoumata : Le bonheur d’une comédienne

ALM : Vous avez incarné le rôle principal dans le film Moolade d’Ousmane Sembene. Comment s’est déroulé le tournage avec ce réalisateur considéré comme le pionnier du cinéma africain ?
Fatoumata Coulibaly : Juste le fait d’être dans un plateau avec la légende du cinéma africain, c’est un véritable honneur pour moi. Mais je ne nie pas que nous avons passé des moments très difficiles pendant le tournage car comme vous le savez, toutes les grandes personnes sont exigeantes dans leur travail. Il lui arrive plusieurs fois d’être colérique envers ses comédiens, mais c’est parce-qu’il est perfectionniste et qu’il n’aime pas faire les choses à la légère. Aussi, dans un plateau de tournage, il existe toujours une tension particulière qui fait que le réalisateur peut exprimer sa colère sur les acteurs. Mais j’ai commencé à m’y faire petit à petit et je me suis dit qu’il est tel un père pour moi. J’ai compris que chacun possède ses défauts. Les gens dans mon entourage et qui avaient l’habitude de travailler avec lui m’ont livré des conseils et je me suis adaptée. Je suis très heureuse d’avoir joué dans ce film.
Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes cinéastes au Mali ?
Dans tous les pays en voie de développement, les femmes comédiennes au Mali ont toujours été mal perçues. Le poids des préjugés règne toujours mais moins qu’avant. Aussi, les gens ont dans notre pays du mal à comprendre que le cinéma n’a rien à voir avec la réalité. Ceci crée le plus souvent des malentendus. Pour l’anecdote, j’avais joué une fois le rôle d’une méchante femme qui bat son fils orphelin de père. J’ai reçu après ce film, plusieurs réactions de la part de certaines mères qui m’ont dit «comment ça se fait, toi qui donne des conseils sur l’éducation à la radio, tu maltraites les enfants, de cette manière».
Elles étaient vraiment outrées et semblaient être déçues par mon attitude. Il a fallu faire une émission à la radio pour expliquer à tout le monde, que ce rôle est imaginaire et que c’est du cinéma. Nous avons dû expliquer ce terme pour effacer les malentendus.
Mais est-ce qu’aujourd’hui, les femmes cinéastes sont plus libres et plus émancipées qu’avant ?
Oui, nous pouvons dire cela. Petit à petit, notre société est moins exigeante envers ces femmes et leur octroie plus de liberté. Il y a quelques années c’était hors de question qu’une fille fasse du cinéma, ou qu’elle se présente aux élèctions de Miss Mali. Mais, de nos jours, nous avons un Institut national des arts, et parfois ce sont même les pères qui y amènent leurs filles pour s’inscrire. Il ya une sorte d’acceptation qui commence à s’installer et c’est le cas dans tous les pays d’Afrique.
Quel état faites-vous du cinéma africain de ce siècle ?
Le cinéma africain commence à s’activer petit à petit. Maintenant avec l’aide à la production cinématographique. Après examen de scénarii l’Etat peut donner des aides sous forme de fauteuils, des bons d’essence ou quelque chose comme ça. Cependant nous continuons à souffrir du manque de moyens financiers. Le manque d’argent est une vraie plaie du cinéma africain. Nous manquons de moyens, l’Etat pense à nourrir sa population avant tout. Après, il y a certains qui se demandent pourquoi est-ce que les réalisateurs africains ne font pas de bons films, malgrés le fait qu’ils sont lauréats de grandes académies de cinéma dans le monde. Mais malgré tout, nos réalisateurs sont dotés d’une grande volonté et essaient avec les moyens de bord de donner le meilleur d’eux-mêmes.
Après Moolade, quels sont vos projets actuellement ?
Pour le moment, je n’ai pas de projets. Je souhaite jouer dans un film d’un autre réalisateur et pourquoi pas d’un autre continent. Mais mon souhait le plus profond c’est de pouvoir réaliser un de ces jours mon premier long métrage. Jusqu’à présent j’hésite de déposer mon dossier de candidature pour obtenir des aides car je ne veux pas être déçue si on me refuse le soutien.

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