Fès, capitale du sacré

«De mon à ton âme ». Il ne s’agit pas d’une déclaration d’amour, encore moins d’une transfusion éthérée, mais du thème de la 9ème édition du Festival des Musiques Sacrées du Monde de Fès. Un thème qui atteste clairement l’esprit de communication que défend cette manifestation dont l’organigramme a été modifié.
Faouzi Skali est de nouveau directeur général du festival des musiques sacrées de Fès. On ne souvient que ce poste a été occupé l’année dernière par Saâd Zniber, et que le fondateur de la manifestation avait charge des rencontres et des colloques… D’autre part, il est clair que ce festival est bien plus qu’une manifestation culturelle. C’est un message de paix adressé au monde. Un appel au respect de la différence de l’autre. Ce message ne se voit pas seulement dans les concerts d’artistes de confessions différentes, mais se transmet aussi par une réflexion clairement formulée. Cette réflexion s’articule autour de la mondialisation qui constitue l’épine dorsale des colloques et débats organisés pendant cette édition. Nombre des problèmes qui déchirent le monde aujourd’hui ont trait à « la coupure spirituelle entre le Nord et le Sud », précise Faouzi Slkali. Une mission est assignée dans ce sens à Fès : constituer un centre de réflexion sur la mondialisation. De grands penseurs vont aider à cela. Il suffit de citer le nom de Régis Debray pour se faire une idée des intervenants dans les débats.
En plus, que ce soit Mohamed Kabbaj, président du festival, ou Faouzi Skali, tous deux ont insisté sur l’effet de contagion que cet événement produit dans le monde. Ils sont très fiers de la réussite de ce festival, le « meilleur en son genre dans le monde », précise Mohamed Kabbaj. Et il y a effectivement de quoi être fier de la réussite de cet événement. A titre d’exemple, une grande manifestation va se dérouler aux Etats-Unis. Elle débute en 2004 et concerne 20 villes.
Cette manifestation se réclame de l’esprit du festival des musiques sacrées. Elle porte, comme ultime hommage à Fès, le nom de cette ville. «The spirit of Fes» est en effet le nom de cet important événement qui atteste que le festival des musiques sacrées fait non seulement office d’autorité en la matière, mais qu’il sert de parangon à des manifestations qui suivent son modèle. D’autre part, à l’instar de l’édition précédente, ce festival continuera à élargir son public. On lui reprochait d’être trop élitiste, ce reproche semble être à l’origine de la création du « festival dans la ville ». L’année dernière, un grand espace avait été aménagé pour cela à la place Boujeloud. Le public qui l’a rempli était majoritairement formé de jeunes, décidés à faire la fête, en dansant, en tapant des mains. Comment est-ce qu’un festival «de musiques sacrées» peut-il répondre aux attentes de ce public, sans s’écarter de son concept fondateur ? Faouzi Skali répond qu’il faut «donner au large public des concerts plus abordables pour qu’il s’ennuie moins. Ce qui ne veut pas dire que ces concerts ne comprennent pas un but pédagogique, afin d’initier peu à peu ce public à une musique qui n’est pas toujours d’un abord facile, puisqu’elle requiert une écoute attentive ».
Le programme de cette édition, dont le budget s’élève à 8 millions de DH, ne démérite pas qualitativement en comparaison avec les précédents. Il suffit de dire que Gilberto Gil, le très médiatisé ministre de la culture au Brésil, fait partie des invités. Personne n’ignore le nom de cet artiste qui a su saisir l’âme de ses compatriotes mieux que quiconque.
La cantatrice Julia Migenes, qui a interprété d’une manière magnifique le rôle de Carmen auprès de Placido Domingo, est également attendue. Une création avec le grand compositeur bosniaque Goran Bregovic, auteur des musiques des films d’Emir Kusturica, constitue aussi l’un des temps forts de cette manifestation. Pour les voix arabes, Mohamed Tarouat et Amal Maher vont consoler le public de l’absence de Fairouz qui était très attendue à Fès. En plus, l’une des plus belles voix masculines du Maroc sera à l’honneur : le chanteur Abdelhaï Belkhayet va interpréter un répertoire auquel sa voix pure et puissante s’adapte naturellement, le religieux.

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