FESPACO : Ouaga fait son cinéma

Depuis 1969, année de sa première édition, le FESPACO est devenu le rendez-vous phare du monde cinématographique africain qui se retrouve tous les deux ans à Ouagadougou. Dans la capitale surtout, mais aussi dans le reste du Burkina Faso, l’effervescence culturelle est telle que ce festival constitue le plus grand pôle d’attraction du 7ème art sur le continent. Lui qui avait été créé par un petit groupe de cinéphiles burkinabés, voilà plus de trente ans, est devenu un rendez-vous institutionnel dès 1972.
Cette année, à partir de samedi et durant une semaine, cette rencontre entend faire honneur au métier de comédien et à son rôle « dans la création et la promotion du film africain ». Le FESPACO veut «rendre un hommage mérité à tous les créateurs du 7ème Art africain et, en particulier, aux comédiennes et comédiens du continent qui, par leurs talents et leur dévouement, ont longtemps et sûrement contribué au raffermissement de la charge dramatique du film africain». Cette production se définit pourtant paradoxalement surtout par des oeuvres d’auteur, qui ne nécessitent donc pas forcément des acteurs professionnels. En attestent le dernier film africain le plus remarqué, celui du Mauritanien Abderrahmane Sissako, «Heremakono» (2002), et celui de Nabil Ayouch primé au FESPACO 2001, «Ali Zaoua». Le rôle propulseur joué par les comédiennes et comédiens, qui cherchent à faire connaître le cinéma continental, a toutefois permis au fil des années au FESPACO d’être non seulement une vitrine de la création artistique, mais aussi un carrefour pour le marché international du cinéma et de la télévision, le MICA. Et l’événement se permet même d’innover. Il a notamment diversifié ses programmes en plusieurs sections regroupant les régions du monde et les genres cinématographiques (longs et courts métrages, documentaires etc.).
Cette année, le FESPACO propose aussi trois nouveaux prix spéciaux remis par l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) dans les catégories longs et courts métrages, et «TV et Vidéo professionnelle». La «compétition officielle» rassemble quant à elle 16 longs métrages, dont «Le prix du pardon» de Mansour Sora Wade (Sénégal), «Heremakono» d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie), «Kabala» d’Assane Kouyaté (Mali) et deux films marocains, «Jugement d’une femme» de Hassan Benjelloun et «Et après…» de Mohamed Ismail. Cette participation des films marocains, si elle n’a pas toujours été régulière, s’est d’ailleurs souvent soldée par une consécration. La première a été celle du Grand prix (l’étalon de Yennenga) accordé à Souheil Ben Barka pour «Les mille et une nuits» en 1973. Elle a été suivie en 1979 du Prix du 7ème Art à «Alyam Alyam» d’Ahmed El Mahanouni, du Prix d’interprétation masculine remis à Mohamed Abachi, dans «Le coiffeur du quartier des pauvres» en 1983, du Prix spécial du jury pour « A la recherche du mari de ma femme» de M.A. Tazi en 1995, et enfin, à nouveau de la consécration pour « Ali Zaoua» en 2001.
Qui remportera cette année la récompense suprême qu’est «L’étalon de Yennenga» ? Ce trophée de bronze, représentant une guerrière, lance à la main et juchée sur le dos d’un cheval cabré, rappelle la légende de la mère du fondateur de l’empire mossé, l’ethnie majoritaire au Burkina Faso. Elle n’avait pas réussi à renoncer à l’amour pour faire la guerre, comme l’exigeait alors la coutume…

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