Feu Abdelkébir Khatibi touchait à différents genres littéraires

Feu Abdelkébir Khatibi touchait à différents genres littéraires

Feu Abdelkébir Khatibi, tour à tour «poète, romancier et essayiste», a fait l’objet d’un débat, mardi à la Villa des arts de Rabat, durant lequel les intervenants ont peiné à classer l’œuvre de cet auteur qui vaut son pesant d’or, tellement elle touche à différents genres littéraires difficilement dissociables dans son écriture. Le professeur Abdessalem Cheddadi enseignant à l’Université Mohammed-V de Rabat, ayant modéré cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre de la 4ème édition du Café L 21 initiée par la Fondation ONA en partenariat avec le Magazine Littéraire du Maroc, qualifiant dès le départ Khatibi d’auteur «prolifique», a espéré obtenir une réponse à une question dont il donnait l’impression qu’elle le taraudait : Qu’est-ce qui peut bien primer dans l’écriture khatibienne : le poétique, le romanesque ou l’autobiographie?. Apportant quelques esquisses de réponse, mais significatives, le professeur Khalid Zekri professeur à la faculté des lettres à Meknès a estimé, qu’il sera, certes, difficile de dissocier le poétique du narratif chez cet auteur, étant donné, a-t-il expliqué, que ces deux formes d’écriture s’enchevêtrent dans son écriture, à travers laquelle chaque texte véhicule un rythme, un langage, un souffle et un code interne, sur lesquels viennent se greffer la passion qu’avait cet auteur de la langue. Khatibi n’affirmait-il pas haut et fort que son amour de la langue était «toujours libre pour disposer de ses jours et de ses nuits blanches». Dans l’essai, cependant, a enchaîné Zekri, «la dimension du «je», de la subjectivité, sont visibles et s’expriment de manière forte» par rapport à des objets touchant différents champs de langage, du bilinguisme et de l’identité où le « Même» et «l’Autre» se livrent à une confrontation et à un débat qui outrepassent les cadres conventionnels.
L’auteur Khatibi cherchait continuellement à contourner cette distance qu’il considérait mobile et immobile à la fois dans cette pensée autre qui lui permetttait d’entrer «dans une période de clarification», affirmait-il dans ses écrits. L’espace identitaire et la situation transculturelle titillent les concepts du bilinguisme dans son essai «Amour bilingue» notamment, où Khatibi opte pour un cadre romanesque où il va asseoir une approche d’ordre théorique. Dans certains passages de cet ouvrage, d’une grande densité dans le contenu et beauté dans le style, la narration est à la quête de l’essai qui prend en otage le pamphlet. La fiction, quant à elle, n’est plus qu’un prétexte pour exprimer un don de son émotivité qui lui permettait de voir clair. Evoquant, par ailleurs, la passion que manifestait Khatibi pour les artistes-peintres, le professeur Zekri a estimé que s’il devait y avoir un lieu d’énonciation chez cet écrivain, ce serait bien celui de «l’art» auquel Khatibi a consacré bon nombre d’écrits, à tel point que certains critiques dans la salle, lors de cette rencontre, ont estimé que si «Khatibi n’était pas écrivain, il aurait été artiste». S’attardant également sur la prolixité de ses ouvrages, le professeur Hassan Moustir (faculté des lettres à Rabat) a, pour sa part, estimé l’œuvre de Khatibi comme étant de «protéiforme» qui reste marquée, a-t-il souligné, par «un foisonnement et un croisement de cheminements dans l’écriture qui n’exclut pas, toutefois, un fonds investi dans la trame poétique et narrative». Lorsque Khatibi écrit, il donne un point de départ à son projet d’écriture, qui n’est autre qu’une réaction par rapport à un certain repli identitaire, et désire du même coup l’inscrire dans une vision globale et universelle, a expliqué ce professeur de littérature.

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