Fin de partie

Saâd Hassani a complètement renouvelé sa peinture. Il s’est engagé dans une nouvelle aventure. Aventure qui rompt radicalement avec le monde extérieur.
Difficile de nommer quoi que ce soit dans la série qu’il peint en ce moment. Il a cherché l’objet pur : une colonne surplombée par une ligne qui a la forme d’un arc. La peinture s’exacerbe là où s’intensifie l’intérêt du peintre. Les colonnes ont subi à cet égard un traitement extrême. Projections directes de couleurs ou frottages au chiffon dont les résultats aléatoires avaient du moins l’avantage d’épaissir la peinture ainsi agressée, voire de permettre de prendre un nouveau départ.
C’est à l’intérieur des contours de la forme finie qu’il faut chercher le traitement libre de toute contrainte que Hassani réserve à sa peinture. Il ne préserve la forme que pour mieux s’attaquer à sa substance. Il accroche sa toile à même le mur pour que la surface durcie supporte mieux ses agressions répétées. À voir de loin la peinture de Hassani, elle est nette, évidente, ne heurte pas l’oeil. Mais quelle rugosité !
Que d’accidents et de couches superposées, que le peintre estampe sans réussir à dompter leur nature rebelle, quand on entre dans les entrailles des formes. L’intérieur des colonnes ressemble à un vieux parchemin. Au reste, les formes peintes dans les tableaux de Hassani ont un aspect sculptural. Même du temps où il disposait sur ses toiles les pièces d’un échiquier, certaines d’entre elles se détachaient, donnaient l’impression de vouloir surgir du tableau.
Cet aspect sculptural est d’autant plus criant dans les toiles récentes de Hassani que leur forme verticale les impose à la manière d’une élévation mégalithique. On n’y reconnaît plus des motifs du monde environnant. Il ne s’agit plus de transcrire une réalité (extraite du réel tel qu’il s’offre à nous communément) ou une fantaisie forgée par l’imagination, mais de faire jaillir quelque chose dont la réalité ne saurait être mise en question. Il y a du totem dans les formes sorties de la tête et des mains de Hassani. Gageons que ces totems des temps modernes feront plus d’un zélateur.

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