Focus : Bonne fête, quand même

Le Fonds d’aide à la production théâtrale souffle sa dixième bougie. Cela fait une décennie. Et un cortège d’espoirs, de déceptions, de joies, de peines, de certitudes, de doutes, de créations, de ratages, de passions, de lassitudes. De hauts et de bas. Voilà, le mot est lâché. Nous sommes plusieurs à penser que le théâtre est passé à côté de la plaque. Si, en amont, l’Etat a donné au théâtre les moyens de son épanouissement, en aval, le résultat n’a pas souvent été à la hauteur. Rarement le cahier des charges aura été respecté. On subventionne des dossiers de candidature, pas le spectacle. On verse l’argent du contribuable sur la foi de belles fiches techniques (scénographie, décor, scénario, mise en scène, et tout), et, sauf ignorance, on oublie que l’octroi de l’aide doit se faire sur la base du spectacle, non les kilomètres de paperasses que l’on prend soin d’ajuster, fignoler, et meubler à coups de devis imaginaires. C’est le jour et la nuit entre ce que l’on trouve dans les dossiers et ce que l’on découvre sur scène, lors de la première représentation. Certaines troupes poussent la malhonnêteté jusqu’à truffer la scène de décors achetés à (trop) bas prix sur le premier marché de brocante, l’objectif étant de justifier des dépenses (fictives). Mais, dirait l’autre, si des troupes se rabattent sur les bidules de Derb Ghellaf, c’est parce que l’Etat ne paye suffisamment pas les troupes. D’accord, même si l’enveloppe consacrée à l’aide est passée, au fil des saisons, de 1 à 3 millions de dirhams. Et puis, il y a ce fâcheux plaisir à traîner les pieds sur le déblocage des sous. Comment expliquer que les troupes données bénéficiaires reçoivent leurs dus huit mois après le dévoilement des résultats ?, s’interroge-t-on. Les résultats, révélés au titre de la saison actuelle, ont été annoncés en juillet 2008, en même temps que les vainqueurs du Festival national de théâtre de Meknès. Mais l’octroi des subventions ne s’est fait qu’au mois de février 2009. Cela fait, au mieux, huit mois consacrés plutôt à la recherche de prêts qu’à la recherche de belles idées de création, et au pire, huit mois de chômage. Résultat ? Excitant ! On se retrouve avec une compilation de navets. A quelques exceptions près, certes, mais depuis quand l’exception fait la règle ? Cela devrait-il toutefois justifier la médiocrité ambiante ?
Bonne fête, quand même

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