France : la cyber-campagne présidentielle

«Par le miracle de la télévision, me voici chez vous !», s’enthousiasmait Pierre Marcilhacy. C’était en 1965. À l’époque, la télévision se mêla pour la première fois de la campagne présidentielle en France. Le petit écran est depuis devenu un outil incontournable des candidats en course vers l’Elysée.
Quarante ans après, la campagne présidentielle continue à se faire en prime-time. Sauf que, cette fois-ci, la bataille présidentielle ne se fera pas uniquement à la télé, mais aussi et surtout sur le Net. La campagne présidentielle bat désormais son plein sur la Toile. Les candidats en lice n’ont de choix que de s’y mettre naturellement.
Avec le développement rapide des blogs et des sites persos, Internet s’est vite transformé en un instrument de propagande au pouvoir à la fois gigantesque et incontrôlable.
Simples internautes et candidats y pêchent des informations, visionnent des vidéos, donnent leurs avis et arrivent parfois même à polémiquer. C’est un univers à la portée de tous. Un univers où n’importe qui peut exprimer ses opinions en toute liberté sans craindre d’être censuré. L’engouement pour le Net s’explique aussi par le fait qu’il permet aux candidats d’atteindre les jeunes générations moins concernées par les médias traditionnels. Les candidats, toutes catégories confondues, y sont, d’ailleurs, conscients et agissent en conséquences. François Bayrou est allé même jusqu’à proposer un débat sur Internet entre les quatre principaux candidats. Une idée rejetée par Nicolas Sarkozy, mais recueillie favorablement par Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen. «Je propose que tous les blogueurs d’Internet, tous ceux qui ont des sites (…) se regroupent pour organiser un débat entre Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Jean-Marie Le Pen et moi», a déclaré le candidat de l’Union pour la démocratie française (UDF) lors d’une conférence de presse.
Interrogée sur "Canal +", la candidate socialiste a répondu : «Oui bien sûr, moi je suis disponible pour tous les débats».
Le Front national a indiqué que Jean-Marie Le Pen participerait «avec plaisir» à un débat entre les quatre grands candidats sur Internet et se tenait à la disposition des blogueurs. Nicolas Sarkozy, lui, s’y est opposé.
Si un débat sur le Net n’est pas la tasse de thé du candidat de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), c’est parce qu’il a une autre stratégie, plus musclée. Son équipe de campagne a cherché toutes les ficelles possibles et imaginables pour faire de l’ancien ministre de l’Intérieur un véritable cheval de course. L’UMP a mené une campagne marketing en utilisant le système de liens sponsorisés Adwords de Google. En tapant des mots comme «violence», «émeutes», «banlieue», «voitures brûlées», ou encore «racaille» dans le moteur de recherche de Google, les internautes voient apparaître un lien publicitaire pointant directement par exemple sur le site officiel de l’UMP. Le candidat de droite a tenu dès son investiture par l’UMP à donner à l’Internet une place privilégiée dans sa campagne de communication. Le site «www.sarkozy.fr» a été lancé en grande pompe.
Nicolas Sarkozy a voulu que son investiture au Parc des Expositions à la porte de Versailles, à Paris, soit la plus parfaite possible. Mais il y a eu, quand même, une petite fausse note. L’intervention d’Alain Juppé était courte. L’«erreur» est aussitôt rectifiée sur le Net. La première vidéo apparue sur le site du candidat UMP montrait Alain Juppé, l’ancien maire de Bordeaux, apportant son soutien au «Grand Sarko». La vidéo durait un peu près cinq minutes. Cependant, et contrairement au médias classiques, l’univers du Net reste incontrôlable. Les messages y passent sans filtre. Les internautes ne sont pas de simples spectateurs, mais des acteurs qui ont leurs mots à dire. La Toile regorge actuellement de sites critiques, parodiques ou outranciers dédiés aux candidats. Exemple : «www.desirdevent.org», un site qui parodie celui de la candidate du Parti socialiste (PS) «desirsdavenir.org». La banalisation et la simplification de l’outil informatique a largement contribué à ce «boom». Cependant, à chaque progrès son revers. Une simple fausse manipulation, un mauvais copier-coller par exemple, risque de coûter cher. Et ce n’est pas l’équipe de campagne de Ségolène Royal qui dira le contraire.
Un de ses discours de la Dame du PS est atterri par accident dans toutes les rédactions de la presse française. Lorsque le staff de campagne de la candidate PS s’en est aperçu, un second mail fut envoyé aux journalistes : «Erreur de manipulation. Veuillez ne pas tenir compte du message précédent que vous avez reçu par inadvertance. MERCI DE VOTRE COMPREHENSION». En tout cas, avec l’Internet, la campagne présidentielle en France prend donc une nouvelle dimension. Elle devient plus libre où le débat est ouvert à tout le monde. Mais puisque le Net est par définition incontrôlable contrairement aux médias classiques, les candidats feront mieux de se méfier d’un éventuel revers de médaille. 

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