Genet, captif de Moulay Ismaïl

L’exposition «Jean Genet et le monde arabe» garde son contenu, mais change d’enveloppe. Cette manifestation itinérante se déplace de ville en ville. Elle apparaît, à chaque fois, nouvelle. Les personnes qui l’ont vue à Casablanca l’ont trouvée bien changé à Rabat. Ces personnes risquent de ne pas la reconnaître à Meknès. Et pour cause, cette ville a frappé très fort, en n’optant ni pour une galerie, ni pour un centre d’art, mais pour les greniers du sultan Moulay Ismaïl. Ceux-là mêmes qui «allient le monumental cher à cet architecte guerrier (Moulay Ismaïl) à une sorte d’intimité liée à leur côté monacal», selon les termes de Pierre Raynaud, directeur de l’Institut français de Meknès. Une question se pose alors: comment meubler l’espace immense de ces greniers avec des objets qui ont tenu dans les locaux de la Villa des Arts à Casablanca ? Il y a une inadéquation entre les bâtiments aux murs très hauts et les œuvres de l’exposition. Le peintre Fouad Bellamine a été chargé de les disposer dans les vastes galeries des greniers. «J’investis l’espace comme si j’étais en train de faire une installation», nous dit-il. Il ajoute qu’il propose, en tant que scénographe de l’exposition, un parcours qui gratifie le spectateur de rencontres, et non pas seulement d’œuvres qui s’appréhendent visuellement. Au demeurant, le lieu qui accueille la manifestation a tant de caractère qu’il peut vampiriser les œuvres. Le peintre Bellamine en est conscient. Il dit tirer profit de l’une des composantes des granges: la lumière. Les personnes qui les ont visitées savent que la lumière pénètre par jets aveuglants des crevasses des murs et les ouvertures du toit. «Cette lumière a été exploitée de façon à ponctuer l’espace de l’exposition», précise-t-il.
Au reste, cette exposition se compose de photographies, panneaux où sont inscrites des phrases de Jean Genet, de livres et manuscrits. Mais elle est intéressante aussi, parce que des artistes, majoritairement marocains, ont réalisé des œuvres à partir du thème de l’exposition : « Jean Genet et le monde arabe ». À l’exception du funambule de l’artiste Abdelkrim Ouazzani, toutes les œuvres renvoient à la Palestine. Dans le court-métrage de Nabil Ayouch, des personnes de différentes origines répètent : « nous sommes Palestiniens ». Dans les photographies de Souad Guennoun, le souvenir de la Palestine est présent. Pareil pour Didier Morin qui a filmé Leïla Chahid. Mais ce sont incontestablement les peintres Mohamed Kacimi et Fouad Bellamine qui ont complètement construit leurs œuvres autour de l’injustice que les Israéliens font subir aux Palestiniens. Le premier a opté pour une installation sous forme d’une énorme moustiquaire. On y lit les mots Sabra et Chatila écrits en lettres rouges. On y voit des visages exprimant une souffrance terrible. Fouad Bellamine a réalisé, quant à lui, trois portraits de Genet. Ces portraits ne peuvent se voir indépendamment des citations de Sharon et d’un texte de l’écrivain accroché aux murs. Le regard de Genet prend sens lorsqu’on le confronte aux citations de Sharon. Genet toise Sharon, et son regard est si perçant qu’il renvoie à leur insignifiance les propos du Premier ministre israélien.
Au reste, l’exposition de Meknès va se singulariser de toutes les autres par une soirée qui peut, à elle seule, constituer un événement. Le grand compositeur marocain Ahmed Essayad va présenter en avant-première mondiale sa dernière création dans les greniers de Moulay Ismaïl.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *