Gérard Kurdjian : «Recentrer le festival de Fès sur le sacré»

Gérard Kurdjian : «Recentrer le festival de Fès sur le sacré»

ALM : Quelles sont les nouveautés du programme de la 14 ème édition du Festival des musiques sacrées du monde ?
Gérard Kurdjian :
Nous restons fidèle à l’esprit et au concept du festival des musiques sacrées du monde. Nous continuons de parcourir les vastes espaces des chants et des rythmes que créent et continuent de créer les multiples et riches cultures du monde. En plus des répertoires musicaux puisés dans l’univers du sacré et qui font partie du trésor immatériel de l’humanité que nous devons promouvoir, préserver et inviter le public à découvrir, nous offrons un programme novateur, riche et diversifié. «La nuit des chants sacrés, afro-américains et soufis» qui a eu lieu samedi 7 juin à Bab Makina, était une rencontre réussie ayant séduit tous les spectateurs,  entre les chants soufis du Qawwali du Pakistan et les mélopées des Spirituals et du Gospel américain.
Nous présentons également au public un riche concert au musée Batha intitulé «Les sept dernières paroles du Christ» sur une musique de Joseph Hydn, interprété par le quatuor  Ysaÿe et ponctué par la lecture d’un texte du grand philosophe français Michel Serres.

Vous programmez aussi des danses traditionnelles sacrées ?
En effet, nous avons invité l’ensemble « Panti Pusaka Budaya » (Indonésie), présentant les danses traditionnelles sacrées du Bali. Nous avons également convié la sublime danseuse de flamenco, Belen Maya, cette tradition qui nous vient des gitans de l’Espagne.

Comment s’explique le choix du thème «Les voies de la création» ?
Les thèmes choisis pour chaque année ne font que renforcer et porter un nouvel éclairage sur le concept du sacré au niveau de la création artistique. Le choix des thèmes est par contre pertinent, par rapport au colloque programmé dans le cadre du Festival. Nous retrouvons, en effet, la thématique pour laquelle nous avons opté cette année, à savoir «Voies de la création», au niveau du colloque à une dimension intellectuelle et qui  est de l’ordre de la signification et du discours.
«Les voies de la création» fait référence à deux aspects : la création en tant que cosmogonie, en tant que création céleste à dimension métaphysique et spirituelle, et puis, la création en tant que processus technique, artistiques, intellectuel, bref, la création en actes, quelque chose qui est de l’ordre de la matière et  du concret.

Le choix de certains artistes ne semble pas inscrit profondément dans son intégralité dans l’univers du sacré.
J’ai essayé de recentrer le festival sur ce qui fait son cœur et son sens le plus profond, c’est-à-dire, véritablement, le sacré.
Nous avons aussi des programmes centrés sur les musiques du monde mais avec des références. Lorsque nous avions invité Youssou N’dour, c’était par rapport à un programme qui faisait référence au jeune artiste qu’il était et de ses  nuits du Ramadan à Dakar. Ce sont des chansons populaires, rythmées, mais avec une dimension spirituelle et humaine. Cette année nous présentons par exemple Ismaë Lô avec les Hmadcha de Fès…

Comment s’explique le choix de la trilogie des grandes figures du chant arabe, Majda Roumi, Mohamed Abdou et Abdelwaheb Doukkali ?

Majda Roumi est l’une des grandes icônes et l’identité du Liban qui est au cœur même de l’actualité. Une voix comme celle de Majda qui incarne le Liban dans sa quête de préservation de son identité pluriculturelle et pluriconfessionnelle, a un sens dans le cadre du festival. Abdelwaheb Doukkali est d’abord natif de Fès, c’est un des plus grands chanteurs marocains. Il présente un programme très particulier, spécialement préparé pour le festival. En ce qui concerne le grand Mohamed Abdou, nous l’avons programmé dans le cadre du festival dans la ville. C’est une offrande pour le public de Fès.

Vous êtes directeur artistique du festival mais aussi artiste, notamment percussionniste.
Je suis percussionniste, spécialisé dans l’étude des percussions d’Orient et tout particulièrement des tablas et du gatam. J’ai effectué de fréquents séjours d’étude en Inde. J’ai  reçu l’enseignement de musiciens réputés, d’abord à Bénarès, puis à Lucknow, où ma rencontre avec le fameux tablaïste Ustad Hafaque Hussein Khan a été déterminante.  Je suis également conteur,  créateur du spectacle musical «Caravanes de Lunes», ( 1997 ), rencontre des musiques et des mystiques des mondes chrétiens, musulmans et hindous. En tant que récitant, j’ai conçu, «L’oiseau de feu» : musique persane et poèmes soufis, ( 1999 ), avec le joueur de Santour Hassan Tabar et le percussionniste iranien Bijane Chemirani.

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