Grand prix de Corée du Sud : la Formule 1 dans un chantier naval

Grand prix de Corée du Sud : la Formule 1 dans un chantier naval

Luxe, paillettes, glamour: les exigences de la Formule 1 sont mises à mal en Corée du Sud, dont le premier Grand prix est organisé sur le circuit encore en travaux de Yeongam, une ville davantage connue pour ses chantiers navals que pour sa beauté intrinsèque. Les abords de la piste saisissent le suiveur habituel du Grand cirque médiatico-mécanique. Un message de bienvenue masque le pilier d’un pont non achevé. Certaines barrières encerclant les zones en travaux n’ont pas été ôtées. Terre et poussière remplacent le gazon ailleurs coupé au millimètre. L’impression lunaire se confirme à l’intérieur du site. La bâche annonçant le «circuit international de Corée» est encore partiellement recouverte de plastique. Des grues s’activent partout. Des centaines d’ouvriers s’affairent, entre autres, pour terminer les tribunes. «Il y a 1500 employés jeudi, plus les militaires, qui ont été d’une grande aide. Ils veulent tous faire partie de la construction», se réjouit le promoteur de la course, Yung Cho Chung, interviewé par le magazine britannique Autosport. «Les gens disent que c’est un beau circuit, meilleur que ce à quoi ils s’attendaient. Mais je me sens super mal. Je ne suis pas à 100% satisfait», s’excuse-t-il, tout en pestant contre les «deux mois de retard par rapport aux prévisions», dus à une météo très défavorable. Trente-huit jours de pluie continue ont eu raison des échéanciers. Le GP de Corée du Sud s’en est un temps retrouvé menacé. Après plusieurs reports, la Fédération internationale de l’automobile (FIA) a finalement donné le 12 octobre son feu vert pour la tenue de l’épreuve. L’honneur national est sauf. Pour 340 milliards de wons (215 millions d’euros), le coût estimé des travaux, plus environ 25 millions d’euros de droits payés chaque saison à la FOM qui gère les droits de la F1, le ruban de 5,6 kilomètres, dont une ligne droite de 1,2 km, accueillera bien sa grand-messe mécanique. Reste à se demander pourquoi les autorités de Séoul ont choisi Yeongam, située à environ 400 km de la capitale, pour y construire le circuit. A mille lieues de la scintillante Singapour, ou du délire architectural que constitue le Yas Marina d’Abou Dhabi, la localisation du tracé coréen interroge. Car Yeongam, situé à côté de Mokpo (sud-ouest), ville anonyme de 250.000 âmes, est avant-tout un centre de production navale. Ses paysages industriels rappellent parfois ceux de bassins miniers sinistrés. Un comble lorsqu’il s’agit d’accueillir pour un coût si élevé la Formule 1, sport éminemment (télé)visuel dont les Etats raffolent pour son intérêt marketing et/ou touristique. «Nous n’attendons pas de retours rapides. Ce projet requiert un investissement sur le long terme afin que cette région devienne un centre touristique et de loisirs», relativise Kang Hyo-Seok, cadre régional en charge de la F1. D’où peut-être un investissement limité dans la communication autour de l’évènement ? A Séoul ou Busan, les deux principales villes du pays, aucune publicité ou presque ne vante le GP de Corée du Sud, qui se tiendra pourtant ce dimanche, quand un fanion siglé F1 orne le moindre lampadaire à Mokpo. Conséquence directe, les ventes de billets sont bien inférieures aux attentes. Seules 60 à 70.000 places avaient trouvé preneurs lundi, alors que le circuit compte 120.000 sièges. La F1 version Corée du Sud est encore en chantier.

  Joris Fioriti (AFP)

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