Guerre de succession à l’AMAP

Les peintres se préparent au vote comme les soldats à la guerre. Le ton monte déjà. Les concertations vont bon train. Les philippiques pleuvent. Les confidences de jadis sont rapportées à ceux qu’elles blessent. Les habitués des coups acerbes aiguisent leurs pinceaux. Les intrigants fourbissent leurs grattoirs. Les mauvaises langues vomissent de la peinture noire. Les consensuels en appellent au bon sens et peignent des tableaux convenus. Les chevaliers preux menacent d’éclater la toile. En un mot, c’est la fournaise dans les arts plastiques. Le nouveau président de l’AMAP sera élu samedi prochain. Il succèdera au peintre Karim Bennani qui siège depuis de si longues années à la tête de l’AMAP que son nom a fini par se confondre avec cette association. Alors que tout le monde pensait que son départ allait mettre un terme aux divergences qui menaçaient de diviser les membres de cette association, voilà que la succession s’annonce plus mouvementée que prévu. Deux camps en sont responsables. Le premier est représenté par le peintre Mohamed Melehi, candidat pour être porté – seul – à la tête du nouveau bureau. Le second camp, conduit par le peintre Fouad Bellamine, défend l’idée d’une présidence collégiale et s’inscrit en faux contre le pouvoir confié à un seul individu. Les deux artistes ont une importance considérable dans l’Histoire de la peinture au Maroc. Bien plus, ils ne sont pas seulement bons peintres, mais de redoutables débatteurs. Ce qui promet des étincelles en cas de confrontation. Mohamed Melehi explique : “des collègues m’ont proposé de présenter ma candidature. Après avoir pesé le pour et le contre, j’ai accepté“. Cette candidature est soutenue par le président sortant et nombre des peintres qui faisaient partie de l’ancien bureau. Mohamed Melehi a des idées très intéressantes pour réorganiser l’AMAP. Il veut rajeunir le bureau, redorer le blason de l’association en la dotant d’une publication. Organiser des expositions importantes pour imposer l’AMAP comme un acteur incontournable des arts plastiques au Maroc… En somme, l’homme fait campagne et détaille déjà les grandes lignes de son programme. Il est au reste ouvert à tout, sauf à la formule collégiale. “Je suis contre, parce qu’on ne peut pas faire de travail constructif sans un vrai leadership“. Cet avis n’est pas partagé par le peintre Fouad Bellamine : “Y’en a marre de l’association de tel ou tel autre. Il est temps que l’on parle de l’AMAP et non pas de son président, et pour cela, je ne vois rien de meilleur qu’une présidence exercée collectivement par les peintres”. Un pouvoir collégial éviterait, selon Fouad Bellamine, les décisions personnelles et impliquerait un plus grand nombre d’artistes dans l’avenir des arts plastiques au pays. Il est à cet égard catégoriquement opposé à la présidence d’un individu : “Si une personne est nommée à la tête de l’AMAP, je démissionne”, dit-il. Son idée est partagée par d’autres peintres dont Bouchta El Hayani qui est péremptoire dans son opposition “au pouvoir exercé par une seule personne”. À signaler que l’AMAP, qui compte aujourd’hui près de 50 peintres, est une institution vénérée depuis 1972. Forte des noms, dont certains sont les maîtres d’oeuvre de la jeune histoire de la peinture au Maroc, elle croule depuis quelques années sous le poids de son importance. Très peu d’actions la signalent à l’opinion publique. Sa restructuration est urgente. Que des désaccords existent entre les peintres, cela prouve que l’AMAP peut passionner encore. C’est une excellente chose, pourvu que les divergences soient porteuses d’un débat constructif. On le saura samedi.

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