Hasna El Badaoui : «Notre public ne mérite pas d’être ridiculisé»

Hasna El Badaoui : «Notre public ne mérite pas d’être ridiculisé»



ALM : Vous êtes l’unique participante marocaine au Cultural Leadership International. Que pouvez-vous nous dire concernant ce programme?
Hasna El Badaoui : C’est un programme mondial, initiée par le British Council, en vue d’aider les jeunes leaders culturels à développer leurs connaissances dans le domaine ainsi que de créer un réseau international œuvrant pour une approche culturelle commune. Nous étions deux Marocains à déposer nos candidatures. Après études de projet, j’ai été admise aux côtés de 32 autres membres issus du Canada, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne, Belgique, Hollande, Bahrein, Qatar, Jordanie, Liban, Syrie et autres pays.

Selon vous, quel est l’apport de cette initiative ?
Le «Cultural Leadership International », qui a démarré en mai dernier, est considéré comme un espace de dialogue et d’échange avec différents acteurs de la scène culturelle mondiale. Durant les premières journées d’études qui se sont tenues, respectivement, en Jordanie et au Royaume-Uni, nous avons pu partager non seulement nos expériences mais également exprimer nos craintes et notre volonté de bâtir un avenir culturel meilleur. Ce programme, à travers plusieurs cycles de formation, nous aidera à forger nos compétences et à surpasser nos faiblesses en matière de gestion culturelle.

Quelles sont les faiblesses que vous désirez pallier à travers ce programme?
Je pense que nous manquons de techniques en ce qui concerne la collecte de fonds sur le plan culturel. De ce fait, j’ai choisi de suivre une formation en la matière à Londres à partir de novembre. Durant ce voyage, je ferai connaissance avec plusieurs troupes de théâtre dont le parcours est identique à celui du «Théâtre El Badaoui». Cela me permettra d’une part de m’intégrer facilement dans la communauté anglaise et d’autre part, d’initier des partenariats en perspective.

Comptez-vous investir cette expérience au profit du Maroc?
Effectivement, je rêve de décrocher des partenariats que cela soit avec le British Council ou avec les participants du «Cultural Leadership International» afin d’élaborer un programme pour le théâtre sur le plan national, notamment le théâtre scolaire. J’ai la conviction qu’en promouvant le théâtre scolaire, nous garantirons la relève. Je ressens une amertume, quand je remarque l’effervescence du champ culturel à l’étranger. Les gens manifestent un grand engouement pour l’art en général. Aux Etats-Unis comme en Angleterre, les personnes défient les conditions climatiques rudes pour assister à une pièce, une projection, un vernissage ou autres.

Qu’est-ce qui justifie ce déclin de l’activité artistique au Maroc ?
Le spectateur marocain, avec toutes ses composantes sociales, est un public averti. Il en a assez des «clowneries» qu’on lui présente chaque année sous prétexte de production artistique. Les responsables se livrent à l’improvisation tout en ignorant les règles de base. Notre public ne mérite pas d’être ridiculisé de la sorte.

Où réside le problème ?
La scène artistique comprend des acteurs, réalisateurs et scénaristes remarquables. L’Etat déploie des sommes considérables pour promouvoir le domaine. Cependant, des responsables adhèrent au principe de clans. Si vous ne vous joignez pas le leur, soyez sûr et certain que vous seriez à l’écart. D’ailleurs c’est ce dont souffre un grand nombre de professionnels marocains y compris la famille El Badaoui. Nous endurons un blocus inexplicable de la part des responsables. Ces derniers doivent, d’urgence, prendre conscience de la gravité de la situation afin de cesser cette mascarade.

Votre sœur Karima a su se creuser une place dans la scène artistique égyptienne. Comptez-vous suivre ses pas?
Contrairement à ma sœur, j’ai toujours manifesté un grand intérêt pour la culture artistique anglo-saxonne. Mon mémoire de fin du cursus universitaire portait autour du théâtre américain. Deux ans après, je me suis installée aux Etats-Unis pour entamer le troisième cycle. Ainsi, je me suis spécialisée en «Drama-thérapie», une discipline où il est question d’utiliser le théâtre en tant qu’outil principal de la psychothérapie. Cette spécialité m’a permis de côtoyer de près des malades cancéreux et séropositifs et les aider à retrouver confiance en eux. Grâce à cette relation malade-thérapeute, j’ai travaillé en tant que conseillère lors du tournage d’un feuilleton égyptien intitulé «Sarah». En ce qui concerne les rôles, j’ai eu assez de propositions sauf que mon accent égyptien me fait défaut.

Pourquoi n’avez-vous pas pensé à introduire la drama-thérapie au Maroc ?
La psychothérapie au Maroc est considérée comme un luxe. Par ailleurs, je pourrai développer cela avec des associations. D’ailleurs, j’ai déjà collaboré avec une instance internationale en faveur des élèves du quartier Sidi Moumen mais dans le cadre du bénévolat. Je ne suis pas contre ce fait, mais jusqu’à quand peut-on rester bénévole ? Je suis une mère de famille et j’ai plusieurs engagements. D’autant plus, que les responsables du programme bénéficient d’un énorme budget qu’ils partagent clandestinement.

Hasna la maman, comment se porte-t-elle ?
(Rires). A merveille. Je suis maman d’un petit garçon de 14 mois que j’ai nommé Bassim. Être maman est une consécration pour moi, une fierté mais aussi une grande responsabilité.

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