Hommage : Sami Al Maghribi, l’enfant de Safi n’est plus

C’est à Safi en 1922 que Sami poussa son premier cri. Fils d’un tailleur de la  famille Amzellag qui s’installa à Rabat à partir de 1926. L’occasion pour cet enfant passionné de musique de se familiariser avec la beauté de l’art d’«al alaâ andalousia». En autodidacte, il s’initie à l’instrument de l’oud. Sa première mandoline, il la confectionne à l’âge de 7 ans. Cette attirance pour la musique déterminera les moments forts de sa vie au point où, à l’âge de 20 ans, il allait décider de quitter son poste de directeur commercial pour se consacrer au chant et à la musique.  Dans un soucis de perfectionnement, il décida de fréquenter le Conservatoire de musique de Casablanca et les cercles des poètes et maîtres de la musique andalouse.
Sami a été séduit et influencé par Salim Hilali, un grand  interprète de la musique judéo-marocaine et Cheikh Larbi Bensari à qui il va demander de lui écrire plusieurs poèmes comme «Bqit mahmoum», «Men iybat Yraïi Lahbab», «Had El Houb El Gheddar»,…
Du chant religieux, il passa à la chanson traditionnelle où il chanta les délices de l’amour et la beauté de la bien aimée: «Kaftanak Mahloul alalla…» (Ô celle au caftan ouvert !).
Il côtoya Cheikh Redouane Bensari qui lui enseigna plusieurs hawzi, rythmes (miyazen), et même hawfi. Il quitta le Maroc en 1960 et devint rabbin de la synagogue hispano-portugaise en 1967, s’abstenant ainsi à apparaître en public comme artiste chanteur avant qu’il ne se ravise et revient avec une chanson «Sâlouni nâss», une manière pour lui d’affirmer qu’il n’y avait point d’incompatibilité entre le culte et le chant.
Il décide en 2003 de sortir un album dans lequel, il reprend ses succés et fait découvrir à son public une nouvelle composition «Ana weld tmanine sana…», hommage à une carrière de 60 ans. Accompagné d’Ahmed Pirou Hayat Boukhrissi, il revient en 2005 au Maroc pour participer à un programme télévisé sur 2M. Sami laisse derrière lui un énorme héritage musical qui va de l’interprétation du gharnati, au melhoun, au hawzi. Il avait notamment marqué de son empreinte les anciennes Qasidah de Sidi Qaddour Al ’Alami, de Benmsaib, du Cheikh Bouâzza, de Bensliman et autres grands ténors de la poésie melhoun. Doté d’une voix chaleureuse, une diction parfaite d’une élégance inouïe…et d’une grande capacité à transmettre l’âme d’une chanson qui peut alternativement parler d’amour, de nostalgie, de séparation.
Comment oublier ses chansons les plus célèbres : «Ay ay ay loukan kanou andi le mnain» ou «Oumri ma nensak ya mama»? Sami crée son propre style musical basé sur les noubas du gharnati, le moual marocain, le malhoun et le haouzi, en développant l’art des nuances et des modulations vocales. Il s’inscrit aussi dans la chanson nationale marocaine, en interprétant, en 1955 à l’occasion du retour de Sa Majesté MohammedV ; «Alf hniya wa hniya, Koulou ‘la sslama Sidna Mohammed Alkhamis Soltan al Maghrib».
Et c’est à Paris qu’il  poursuit sa carrière artistique en donnant de nombreux concerts et en créant sa propre marque de disques, Samyphone.
Sans te dire adieu, nous te dirons, merci Sami d’avoir cristallisé l’expression même de la joie et du bonheur pour plus d’une génération. Ta musique, une belle quintessence, était et restera présente dans nos fêtes. Tes chansons resteront à tout jamais gravées dans nos cœurs. Et dans nos mémoires, fredonnera à jamais, le souvenir indélébile d’une voix juste et d’une mélodie qui imprègne les cœurs de sérénité ayant réussi à unir, dans l’harmonie, ensemble juifs et musulmans.

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