Honegger : un lieu de mémoire disparaît

L’immeuble Honegger n’est plus. Les travaux de démolition de cet immeuble situé à l’angle des boulevards Abdellatif Ben Kadour et Zerktouni ont commencé vendredi dernier. Cette démolition a provoqué des vives réactions chez certains architectes, soucieux de l’avenir du patrimoine urbanistique et architectural de la métropole.
C’est le cas de Rachid Andaloussi qui se dit affligé par le sort réservé à ce bâtiment. «A la vue de ce massacre, nous ressentons une souffrance indescriptible», déclare l’architecte casablancais, membre fondateur de la Fondation Majal et ancien président de l’Association Casa mémoire pour la sauvegarde du patrimoine architectural de la capitale économique. Cette association n’a pas pu empêcher la démolition de ce beau bâtiment. Dans un communiqué, elle exhorte les autorités publiques à intervenir pour sauver le patrimoine architectural de Casablanca.
Il est à préciser que le bâtiment Honegger a été construit dans les années 50 par l’ingénieur suisse Jean-Jacques Honegger. Ce dernier avait créé, avec son frère, en 1949, la société « Honegger Afrique », spécialisée dans les systèmes de construction en préfabriqué. Le bâtiment Honegger a été le premier à avoir bénéficié de ces techniques. Mais ce n’est pas sa seule spécificité. Cet immeuble a aussi l’avantage d’être à la fois beau et fonctionnel. Avant d’être démoli, ce bâtiment était encore considéré comme moderne.  «L’immeuble Honegger a l’avantage d’avoir été réalisé en un temps record, il était clair que l’ingénieur du projet était soucieux de la rapidité de la construction, c’est un paramètre très important», explique Rachid Andaloussi. Son autre caractéristique est son faible coût de construction. «Les matériaux utilisés sont économiques, mais très solides», déclare l’architecte en ajoutant : «Il n’y a  qu’à voir le mal que les promoteurs de la démolition se sont donnés pour le détruire». A la place de cet immeuble qui n’a jamais été classé comme patrimoine, un immeuble de dix étages sera érigé.
Une source de l’Agence urbaine de Casablanca qui a souhaité garder l’anonymat, nous a déclaré que «la démolition a été autorisée après la réunion d’une commission spécialisée».
«Personne ne s’est opposé à cette démolition», précise la même source. C’est une entreprise étrangère qui a remporté le marché pour la construction de l’immeuble de bureaux qui sera érigé à la place du Honegger. «C’est le Centre régional d’investissement qui s’occupe de ce projet», nous a précisé une source proche du Conseil de la ville de Casablanca. Un autre immeuble de même type que le Honegger est situé à l’angle des boulevards Zerktouni et Anfa. «Cet immeuble risque de connaître le même sort s’il n’est pas classé», nous a déclaré Rachid Andaloussi. Seuls une trentaine de bâtiments casablancais sont classés.
Les autres que les hommes de l’art et les historiens considèrent comme pas suffisamment emblématiques ont été négligés. «Le classement de l’immeuble Honegger ne faisait pas partie des priorités, il y en avait d’autres qui devaient être classés en urgence», nous a précisé M. Andaloussi. «Avec la démolition de l’immeuble Honegger dessiné par l’architecte Laurent Chouraki, il n’y aura plus de référence technique en matière de rapidité de construction», a-t-il conclu.

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