Houria Aïchi ou le religieux en fête

On reconnaît les grands artistes quand ils se jouent des défaillances techniques. Lorsqu’ils transforment une panne d’électricité, un élément intempestif ou un dysfonctionnement de l’acoustique en point de force.
Un accident sur scène est vite absorbé par une improvisation qui en fait une composante du spectacle. La chanteuse algérienne Houria Aïchi est pétrie dans l’argile de ces artistes qui ne craignent pas l’imprévu. Le micro lui a joué de sales tours ce soir-là.
L’Algérienne ne s’est pas pour autant laissée perturber par le bon-vouloir du micro. Après de petites tapes pour le rendre vainement à la vie, elle a vite pris la décision de substituer à l’épaisseur de sa voix, celle de la salle qu’elle a conviée à la fête. Sillonnant de droite à gauche la scène, elle a réclamé la participation du public qui ne s’est pas fait prier pour devenir acteur du spectacle. Un public chaleureux, enthousiaste, qui a battu inlassablement des mains. Quelques youyous se sont même élevés dans la salle pour consacrer l’allure festive de la soirée.
Avec ses pieds nus, son péplum des grandes prêtresses d’antan et sa mine profondément inspirée, Houria Aïchi ne semble pas pourtant disposée à supporter le moindre claquement de doigts qui troublerait sa prestation. On aurait pensé qu’il fallait l’écouter, en silence, comme dans un lieu de prière. « Je vous invite à une ballade spirituelle à travers les régions de mon pays » a-t-elle précisé au début de la soirée. Son invitation n’est pas contemplative, mais participative. Quant à la spiritualité, elle a fortement à voir avec la personnalité de l’artiste.
Concentrée à l’extrême, au point de sembler absente par moments, Houria Aïchi dote en effet d’un surcroît d’émotion spirituelle les textes qu’elle chante. Sa voix atypique, à la fois pure et nasillarde, donne une tonalité très particulière à un répertoire emprunté à plusieurs régions de l’Algérie. L’Oranais, le pays chaoui, la Kabylie, Constantine, Alger… L’une des choses les plus crieuses, et qui donnent une idée de la spiritualité inhérente à la prestation de l’intéressée : elle chante en pressant l’index contre le pouce comme si elle égrenait un chapelet. Les trois musiciens qui l’accompagnent méritent également des louanges. Ils jouent sur des instruments à cordes, à vent et surtout des bendirs. Leur jeu varie de l’accompagnement timide qui laisse toute son ampleur à la voix de la chanteuse jusqu’au rythme enflammé qui va crescendo concernant les litanies du dikr.
Avec ses musiciens, Houria Aichi a eu droit à une standing ovation de plusieurs minutes après la fin du spectacle. Elle a répondu à l’appel du public en chantant une fois encore. Rarement on aura vu le public du théâtre 121 en communion aussi parfaite avec un artiste.

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