Ibn Arabi, une voix d’ailleurs

Ibn Arabi, une voix d’ailleurs

Il est une jeunesse au Maroc qui, loin des schémas pré-établis, s’efforce à mener son chemin comme on mène une quête. Une quête de spiritualité, de paix, basée sur un retour en arrière non pour une quelconque recherche d’imitation qui serait forcément fausse, vaine, mais pour mieux appréhender le présent et l’avenir. Le tout avec un éclairage qui ne trompe pas, celui du coeur. Une quête de cette lumière que chacun recèle, sans pour autant se donner les moyens de trouver, de faire rejaillir sur un quotidien où les repères se perdent, où l’horizon reste obscur. Cette jeunesse existe bel et bien. Et les cinq membres de l’ensemble Ibn Arabi en font partie, pour ne pas dire qu’ils en sont parmi les pionniers. Un ensemble qui peut se targuer d’être le gardien et le propagateur de l’esprit soufi du plus érudit des grands maîtres dont il porte le nom, le grand poète, penseur et mystique Ibn Arabi. C’est vers ce lieu secret où tournoient les âmes en quête du divin que souhaitent nous entraîner ces musiciens, à savoir Ahmed El Kheligh (qanoun), Abdellah El Kheligh (chant, bendir), Oussama El Kheligh (alto), Abdelhouahid Senhaji (ney) et Haroun Teboul ( oud).
Un lieu secret marqué par la vie et l’oeuvre d’un érudit dont la pensée est traduite, étudiée dans les quatre coins du globe, faisant au passage des milliers de disciples, toutes nationalités, et même confessions, confondues. Et c’est sur ses traces que nous entraînent les musiciens de l’ensemble Ibn Arabi, pour qui le soufisme «est un engagement personnel profond dont la musique est l’efflorescence». Nés dans des familles soufies de Tanger, ils ont dès leur jeune âge, côtoyé les musiques et les chants du Samâa – audition spirituelle dans les réunions de la confrérie Seddikiya – du Sheikh Abdellaziz Seddiq, récemment disparu – à laquelle ils sont encore affiliés. Au cours d’études musicales approfondies, Ahmed Khelig, le fondateur du groupe, a rencontré et appris de musiciens tels que le joueur de ”Ney” turc, Kudsi Erguner et le quanouniste irakien Hussein Al Amir. De ces contacts vient peut-être cette coloration proprement «orientale» de la musique de l’ensemble qui en fait une formation très originale dans le paysage musical marocain.
Puisant dans le tréfonds du spiritualisme le plus exacerbé, ce groupe de musique et chants soufis originels n’a de cesse de mettre en exergue les beautés de cet art raffiné, finement expressif et hautement onirique, qui trouve ses ressources dans des civilisations et des cultures multiples allant de l’Orient à l’Occident en traversant l’Afrique du Nord pour élire demeure dans la rayonnante Andalousie.
Ils nous offrent une musique hallucinante qui fait chavirer à travers l’essence de la médiation et via des sonorités provenant d’un ailleurs insaisissable. A l’écoute de ces paroles éclatantes, diffusées par un ”bendir” et son rythme entraînant, un ”qanoun” habité par la grâce, un ”oud” vivifiant, un ”Ney” à la dimension chargée d’émotions et de mélancolie, une ”Kamenja” andalouse et un chanteur d’une voix angélique et d’une sensualité envoûtante. Ainsi «la mystique transcendante se trouve enveloppée d’une mélodie enchanteresse, projetant le sacré vers des sommets vertigineux où l’extase humaine rencontre la vérité suprême». Telles sont la raison d’être et l’ambition avouée de l’ensemble Ibn Arabi.

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