«Il faut repenser l’école d’aujourd’hui»

«Il faut repenser l’école d’aujourd’hui»

ALM : Dans l’un des communiqués que vous avez publié récemment, vous dressez un tableau pessimiste de l’éducation nationale. Vous dénoncez l’insécurité dans les établissements scolaires.  Qu’en est-il au juste ?
Mohamed Qnouch : La situation est alarmante. L’insécurité au sein des établissements scolaires et dans leurs alentours est devenue trop inquiétante, surtout après la montée de certains actes criminels, tels le harcèlement sexuel et les agressions physiques entraînant la mort. A titre d’exemple, on peut citer le drame du collège Imam Chafii aux Roches Noires. 
L’élève Badr Ezzine a succombé aux blessures qui lui ont été faites à l’arme blanche le 10 décembre 2006. S’ajoutent à cela, les cas de vol des équipements et du matériel didactique de certains établissements scolaires, la vente des différents types de drogues devant les écoles. La  situation est catastrophique et n’augure rien de bon.

Le phénomène des cours de soutien payants connaît une ampleur croissante et suscite de nombreuses réactions. Quelle est votre position à ce sujet ?
Le phénomène des cours particuliers ou heures supplémentaires payants se développe de manière croissante. Il connaît une ampleur telle qu’il fait dorénavant partie du paysage éducatif. Il est clair que nous sommes contre ces cours qui se déroulent en dehors de tout contrôle et réglementation. Pire encore, certains enseignants obligent leurs élèves à s’inscrire à ces cours supplémentaires payants et l’on assiste à un certain marchandage de notes.
A ce sujet, nous attendons toujours l’application effective de la circulaire du ministère de l’Education nationale portant sur les cours de soutien gratuits. Cette circulaire datant de 1998 définit trois formes de soutien pédagogique. Il s’agit en premier lieu des soutiens scolaires intégrés. Le professeur établit un bilan d’évaluation individuel du niveau de ses élèves pour déterminer les difficultés d’assimilation des leçons et pallier ainsi les lacunes.
La circulaire parle également de soutien scolaire institutionnel. Cette deuxième forme concerne tous les élèves d’un établissement.  On procède en premier lieu à une évaluation diagnostique des compétences des étudiants. On forme des groupes d’élèves par types de difficultés. Les professeurs de chaque matière donnent ainsi des cours de soutien gratuits pour pallier les carences. Enfin, la troisième forme désigne les soutiens pédagogiques externes. Ce sont les associations des parents d’élèves et autres ONG qui prennent en charge ces cours au profit des élèves d’un même établissement. Les séances d’apprentissage se déroulent au sein du même établissement scolaire mais en dehors de l’horaire normal des cours.

D’après vous, quelles sont les mesures à prendre pour éradiquer le phénomène des cours payants ?
Il faut institutionnaliser les cours de soutien gratuits. La circulaire ministérielle y afférente doit être appliquée d’une manière effective et rapide.
Il s’agit là d’un cas d’urgence car les cours particuliers payants représentent une charge et une contrainte pour les parents. Ils occasionnent des frais supplémentaires pour les parents sans pour autant donner de résultats satisfaisants.

Dans votre communiqué, vous décriez la réduction des heures des cours. Quels sont les matières et les niveaux scolaires concernés ?
Suite à l’opération de départ volontaire de la fonction publique, un manque criant d’enseignants s’est fait ressentir. A cause de ce problème, on a assisté à l’annulation de certaines disciplines ou dans le meilleur des cas à une réduction de leur enveloppe horaire de près de 50%. Les matières concernées sont les mathématiques. Les heures des cours étaient de 6 heures, aujourd’hui elles sont de 4 heures.
Les heures des cours de la langue française ont également diminué de 6h à 4h ainsi que la philosophie surtout dans le tronc commun.
Il faut noter que le déficit constaté ne concerne pas seulement les enseignants, mais toutes les catégories du personnel du ministère de l’Education nationale (MEN), à savoir les inspecteurs, les directeurs, les économes et intendants, les censeurs, les surveillants généraux, les chefs de travaux dans les lycées techniques, les agents de nettoyage ou de surveillance, etc.
Selon les statistiques officielles de la période 2004-2005, sur les 260.000 fonctionnaires du MEN, toutes catégories confondues,  25.000 demandes de départ volontaire ont été enregistrées. 13.047 demandes ont été satisfaites, dont 43, 80 % d’enseignants,  51 % de personnels administratifs et 5,20% de fonctionnaires mis à disposition, détaché ou en état de mise en disponibilité. Soit 4,76 % de l’effectif global du département. Ce qui constitue 34 % de l’ensemble des partants de la fonction publique.

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