Il faut sauver la Diva Ghita

Il faut sauver la Diva Ghita

El Haja Ghita El Oufir, figure majeure de la musique andalouse marocaine, brûle ses derniers feux. Au grand désespoir de ses amis, qui se sont mobilisés pour lui venir en aide.
Cela fait six ans en effet que Haja Ghita vit dans des conditions absolument indignes de son immense talent et surtout de son infinie générosité, dont ils sont très nombreux à témoigner. Six ans qu’elle est réfugiée sur le toit d’un immeuble à Rabat, dans une bicoque de fortune exposée à la pluie, au vent, à la chaleur, au froid et aux intempéries. Six ans que l’engagement qu’on lui a fait de mettre un logement à sa disposition dans le cadre d’une procédure de justice n’est pas tenu. Six ans que tous ceux qui l’admirent et qui l’aiment s’indignent de la voir souffrir en silence, par fierté et par dignité.
C’est pourquoi les amis de Haja Ghita ont décidé de dire, à tous ceux qui ne le sauraient pas, ou qui l’auraient oublié, qui est véritablement cette femme dont plus personne aujourd’hui ne semble se soucier.
El Haja Ghita est née à Rabat en 1932. «Son père, raconte Moulay Ali Ghoulaïmi –l’un des proches de l’infortunée Diva et qui se déclare très volontiers son obligé– était un musicien remarquable doublé d’un fabricant d’instruments de musique spécialisé dans l’accordage des pianos. Ghita étant l’aînée de six filles et la famille manquant de ressources, elle fut contrainte très tôt de travailler pour gagner leur vie. Mais sans jamais cesser, sous la férule de son père, de pratiquer et d’apprendre à jouer de divers instruments. Et en s’initiant puis en se perfectionnant aux subtilités de la musique andalouse». C’est à l’âge de 26 ans que Ghita El Oufir entame sa carrière de musicienne. Nous sommes en 1958, elle fait son entrée dans l’orchestre national de musique andalouse de la Radio-Télévision marocaine sous la direction du regretté Moulay Ahmed Loukili. Elle est la première femme à accéder à cet univers et elle va très vite s’employer à faire la preuve de sa légitimité. Au chant choral tout d’abord, avant de tenir sa partie au piano, à la harpe ou à l’accordéon.
Petit à petit, elle va s’imprégner de l’âme de cette musique andalouse que Ahmed Loukili a entrepris, témoignent les connaisseurs, de ressusciter. Elle travaillera aux côtés de nombreux autres éminents musiciens tels Abdeslam El Khyati et son fils Lghali ou El Haj Mohamed Tartouch. Sans relâche, jusqu’en 1992, El Haja Ghita vouera sa vie à cet art qu’elle a le bonheur de voir renaître de ses cendres. Tant et si bien que lorsqu’elle quittera l’orchestre, elle aura participé à 267 enregistrements radiophoniques, plus de cent cinquante programmes télévisés et de multiples festivals de musique andalouse au Maroc et à l’étranger.
Or cette femme, qui sous d’autres cieux aurait sans doute été déclarée patrimoine national vivant, vit aujourd’hui sur le toit d’un immeuble en attendant qu’un miracle se produise. Sa maigre retraite, insuffisante à couvrir à la fois ses frais médicaux, sa nourriture et son loyer, l’a réduite à vendre ses bijoux. Ce qui ne l’empêche pas, tous les vendredis, de réunir ses amis autour d’un couscous qu’ils reçoivent comme une bénédiction.
Emmenés par Abdelouahed Tetouani et Moulay Ali Ghoulaïmi, qui se dévouent de toutes leurs forces à faire rendre justice à cette grande dame, toujours aussi digne malgré la misère et l’indifférence, les amis d’El Haja Ghita renouvellent leur appel : «Il faut sauver notre Diva !»

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