Il y a 25 000 ans, la traversée du Détroit

Qui aurait pu le croire ! Nous avons donc par deux fois conquis deux fois le sud de la péninsule ibérique. La première fois, ce sont nos aïeux qui ont traversé le Détroit pour introduire de nouvelles techniques en Europe. C’était il y a 25 000 ans. Cette théorie a déjà été avancée par les archéologues qui s’intéressent au mouvement des populations et aux zones de contact dans le monde. Mais les preuves scientifiques faisaient défaut. Puis une équipe d’archéologues a procédé aux premières fouilles du genre pour prouver le bien-fondé de cette théorie. Celles-ci ont révélé des données qui prouvent que l’Afrique du Nord a subi une grande sécheresse entre – 25 000 et – 18 000 ans. « Les restes des animaux fossiles montrent une fréquence assez importante de gazelles.
Ces espèces seraient indicatrices de milieux assez arides, genre savane », nous dit Abdeljalil Bouzouggar, directeur de l’équipe qui mène les recherches depuis 1999. L’aridité du climat a occasionné la « raréfaction du gibier et la restriction de l’espace vital de ces populations ». Face à l’aridité du climat, elles avaient trois solutions, nous indique Abdeljalil Bouzouggar : « soit s’adapter aux nouvelles conditions et rester sur place, soit se déplacer vers le Sud autour des lacs, ou encore migrer en dehors du continent ».
Cette troisième option a été facilitée par un abaissement de près de 120 mètres du niveau marin. La régression a révélé les crêtes de plusieurs îlots qui demeuraient submergés jusque-là. La surrection des îles sous-marines dans le Détroit correspond à des endroits que l’on peut localiser aujourd’hui, et qui se trouvent à une profondeur qui n’excède pas 90 m.
Pour les preuves scientifiques, Abdeljalil Bouzouggar affirme que dans le sud de la péninsule ibérique, sont apparus, il y a environ 25 000 ans, des outils préhistoriques jusque-là inconnus des populations qui vivaient dans ces régions-là. « L’une des raisons – plus que probable – qui expliquent l’apparition de ces outils dans le sud de l’Europe tient au déplacement des populations de l’Afrique du Nord » précise-t-il.
Il s’agit de l’apparition de certains outils lithiques appelés pièces pédonculées, de même que certaines techniques de leur fabrication qui étaient propres aux populations africaines. Ces objets étaient fixés sur des javelots ou des flèches. Ce qui augmentait les performances des chasseurs en face du gros gibier. Abdeljalil Bouzouggar tient toutefois à préciser qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène d’invasion, mais de déplacement d’une « partie de la population préhistorique ».
Les recherches qui ont conduit à cette importante découverte ont été menées par une équipe marocaine de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine en collaboration avec des chercheurs de l’université d’Oxford et de Liège. Elle interresera aussi bien la commuanuté des scientifiques que toutes les personnes qui doivent rêver, pour des raisons diverses, à ces aires de repos submergées seulement sous quelques dizaines de mètres d’eau dans le Détroit. Décidément, la traversée du Détroit attire les populations du Sud depuis bien fort longtemps.

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